Archive pour la ‘Bas-Canada’ Catégorie

The Battle of Odelltown

Photo : Edgar Gariépy d’après une gravure de D. McCallun (vers 1930)

Source : BANQ

 

 

 

     Odelltown est un lieu-dit de la municipalité de Lacolle. L’origine de l’endroit remonte à la fin du XVIIIᵉ siècle lorsque le loyaliste Joseph Odell s’y installe. Situé aux abords du Richelieu et de la frontière de l’État de New York, Odelltown est une véritable enclave britannique dans la région. Dès 1823, une église méthodiste en pierre est construite dans le village. C’est dans cette église qu’un groupe de volontaires loyaux à la couronne britannique se sont réfugiés pour combattre les Patriotes le 9 novembre 1838.

     À la bataille d’Odelltown, 200 volontaires loyaux sont dirigés par le lieutenant-colonel Charles Cyril Taylor et le lieutenant Lewis Odell. Ils ont un canon qu’ils ont réussi à subtiliser aux Patriotes quelques jours auparavant. L’armée patriote est dirigée par Robert Nelson, Charles Hindenlang et Médard Hébert. Elle est composée de 600 Frères chasseurs, une association secrète formée au printemps 1838 pour organiser l’établissement d’une république au Bas-Canada en déclarant son indépendance face à la Grande-Bretagne. Au début des combats, les Patriotes forment trois colonnes pour assiéger Taylor, Odell et leurs hommes. La bataille tire à l’avantage des Frères chasseurs jusqu’à ce que « /…/ des volontaires loyaux en provenance d’Hemmingford et de L’Île-aux-Noix viennent en renfort et les obligent à se disperser ».

     La bataille d’Odelltown est la dernière lutte armée des Patriotes. Lors d’un conseil de guerre tenu après la bataille, les chefs patriotes constatent leur impuissance. Ils sont incapables d’affronter les 5 000 hommes de l’armée anglaise dirigée par John Colborne qui fait route vers Napierville situé à une journée de marche des positions patriotes. La fuite devient leur seule issue. Robert Nelson, président du gouvernement provisoire de la République du Bas-Canada, traverse la frontière américaine; il passe le reste de sa vie aux États-Unis. Charles Hindenlang est capturé par les Britanniques; jugé, il est pendu le 15 février 1839. De nombreux Frères chasseurs sont emprisonnés. L’issue de la bataille d’Odelltown est cruelle : la République de 1838 est un échec et démontre l’impossibilité d’aboutir à la rupture du lien colonial au Bas-Canada par un processus révolutionnaire armé.

#######

Sir John Colborne (Lord Seaton)

Document iconographique anonyme (XIXᵉ siècle)

Source : BAC

     Pour expliquer le début des événements violents en 1837 au Bas-Canada, l’historien Gérard Filteau propose la thèse du complot. Il suggère que John Colborne, commandant en chef des armées des deux Canadas, Adam Thom, rédacteur en chef du Montreal Herald, et Charles Richard Ogden, procureur général du Bas-Canada, prirent entente avec des membres de la « Clique du Château » pour provoquer les Patriotes et susciter des échauffourées violentes. Cette conspiration permet, après l’émeute du 6 novembre 1837 à Montréal, d’émettre des mandats d’arrestation contre les chefs patriotes.

     Colborne préconise une solution militaire pour mater les Patriotes. Il est favorable à ce que les « Loyaux » à la couronne britannique soient armés dans des corps de volontaires ou encore incorporés dans les troupes régulières. Du 8 au 10 novembre 1837, Colborne fait équiper 10 compagnies de 80 hommes. « Plusieurs corps de volontaires seront formés et armés: les Fusiliers Royaux, les Dragons légers de la Reine, la Cavalerie volontaire de Montréal, l’Infanterie légère de Québec, les Volontaires royaux de Québec, les Volontaires de Mégantic, etc. ». Plusieurs de ces corps de volontaires accompagneront ensuite l’armée anglaise dans les combats armés contre les Patriotes.

     Le 16 novembre 1837, des mandats d’arrestations sont émis contre les leaders patriotes dont les députés Louis-Joseph Papineau, Ludger Duvernay, Edmund Bailey O’Callaghan, Édouard-Étienne Rodier et Charles-Ovide Perreault. Colborne met l’armée régulière et les corps de volontaires sur un pied de guerre. Il fait aussi appel aux troupes du Haut-Canada. Rien ne l’arrête dans la répression du soulèvement : après sa victoire militaire du 14 décembre 1837, Colborne autorise la profanation du cadavre du chef patriote Jean-Olivier Chénier en guise d’exemple; de plus, les villages de Saint-Eustache et de Saint-Benoît sont incendiés. Il reçoit alors le surnom de « Vieux-Brûlot ». Colborne reste à la tête des soldats et des volontaires jusqu’à son départ pour l’Angleterre, en octobre 1839. En récompense de ses services, Colborne est nommé au Conseil privé, reçoit une pension annuelle de 2 000 £ et est élevé à la pairie d’Angleterre à titre de premier baron de Seaton.

#######

«Thomas Storrow Brown est attaqué par des membres du Doric Club»

Dessin : Henri Julien (1887)

Source : The Montreal Star, vol. 19, no 248 (22 octobre 1887): 3

 

 

     Les Fils de la Liberté sont les membres d’une association politique paramilitaire et patriote fondée en août 1837. Le nom de l’association est trouvé par Louis-Joseph-Amédée Papineau, le fils de Louis-Joseph Papineau, chef politique des Patriotes. Dès leur début, les Fils de la Liberté convoquent une assemblée publique le premier lundi de chaque mois. La rencontre du 6 novembre 1837 tourne à un affrontement annonciateur des troubles à venir dans le Bas-Canada.

     Cette journée-là, les Fils de la Liberté doivent tenir leur assemblée mensuelle malgré l’interdiction formelle du gouverneur de tenir des rassemblements. Les journaux dits «loyaux» menacent aussi d’écraser les Fils de la Liberté. Des affiches invitent les «loyaux habitants de Montréal» à se diriger à la place d’Armes à midi et demi pour «étouffer la rébellion au berceau». Les Fils de la Liberté, dont plusieurs membres sont armés, convergent vers l’auberge de Joseph Bonacina, située au coin des rues Notre-Dame et Saint-Jacques. L’assemblée débute à 14 h; douze résolutions sont adoptées. Durant le discours du député Édouard-Étienne Rodier, des voyous qui épient la réunion par une clôture adressent des insultes aux Fils de la Liberté et leur expédient des projectiles. À 16 h, la réunion se termine. Lorsque les Fils de la Liberté quittent les lieux, une pluie de pierre s’abat sur eux. L‘émeute éclate. Les membres du Doric Club quittent la place d’Armes pour affronter les Fils de la Liberté. Des maisons sont attaquées dont celle de Papineau. Les bureaux du journal patriote anglophone The Vindicator sont saccagés. Le journaliste Thomas Storrow Brown, collaborateur du Vindicator et auteur d’une «Adresse des Fils de la liberté de Montréal aux jeunes gens des colonies de l’Amérique du Nord» le 4 octobre précédent, est sournoisement attaqué et grièvement blessé à un oeuil. Amédée Papineau commente l’événement dans ses mémoires : «C’est ainsi que les loyaux sont braves : lorsqu’ils sont dix contre un, ou qu’ils ont à leur queue, et le plus souvent à leur tête, les troupes de Sa Majesté»!

     Cette violence montre que les Patriotes, parti de la majorité, peuvent agir de manière collective pour revendiquer en pleine ville de Montréal, alors le bastion de la Montreal Constitutionnal Association et du Doric Club, deux groupes opposés aux Patriotes. Dans la semaine qui suit, des mandats d’arrestation sont émis contre plusieurs Fils de la Liberté par le gouvernement colonial.  La chasse aux sorcières ciblant les Patriotes débute…

#######