Archive pour la ‘Bas-Canada’ Catégorie

« Entête de la première livraison du journal Le Canadien »

Photo anonyme de l’édition originale de 1806 (s.d.)

Source : Wikimedia Commons

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     À Québec, le 13 novembre 1806, Charles Roi imprime le prospectus d’un nouveau papier périodique. Cette publication insiste sur l’importance de la liberté de la presse et sur la nécessité de rétablir les faits suites à certaines insinuations publiées dans les pages du Quebec Mercury. Ce journal hebdomadaire avait été fondé en 1805 par Thomas Cary et publiait des textes défendant les intérêts de la bourgeoisie anglaise au Bas-Canada. Dans un style au vitriol, le Quebec Mercury présentait la montée de la majorité française à la Chambre d’assemblée comme une menace pour les marchands anglophones.

     Le lancement du Canadien le 22 novembre 1806 est la réponse à ces attaques. Le Parti canadien, dirigé par Pierre-Stanislas Bédard et ancêtre du Parti patriote, utilise les pages du Canadien pour véhiculer ses idées politiques et promouvoir la responsabilité ministérielle. Le Canadien adopte la devise « Fiat Justitia ruat Caelum » signifiant « Que justice soit faite même si le ciel s’écroule ».

     Rapidement Le Canadien se donne comme mission d’éduquer la majorité de la population de ses droits constitutionnels et d’accélérer la prise de conscience de l’identité nationale des Canadiens. Ce journal permet à l’élite politique du Parti canadien d’exprimer sa vision de la nation canadienne. En quelques années, Le Canadien s’impose comme le principal journal de la colonie, ce qui ne l’empêche pas de voir ses presses saisies par les autorités britanniques lors de la crise sous James Craig en 1810.

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«Pendaison de Charles Hindenlang personnifié par Frédérick Gilles dans le film 15 février 1839»

Photo : Alain Dostie (2001)

Source : Éléphant — Mémoire du cinéma québécois

     Charles Hindenlang est né à Paris en 1810. Ses parents sont des commerçants d’origine suisse protestante. Militaire depuis la révolution de juillet 1830, il est à New York en 1838. Il fait la rencontre de Ludger Duvernay et est recruté par l’armée patriote. Avec un autre officier français et deux officiers polonais, il est envoyé à Rouses Point dans l’État de New York. De là, il traverse la frontière vers le Bas-Canada en compagnie de Robert Nelson avec qui il a planifié une stratégie pour attaquer la colonie britannique. Arrivé à Napierville, dans la nuit du 3 au 4 novembre 1838, Hindenlang est chargé d’apprendre les manoeuvres tactiques aux Frères chasseurs, la branche militaire des Patriotes.

     Des problèmes surviennent dans l’approvisionnement en armes de l’armée patriote et la stratégie d’envahissement du Bas-Canada doit être modifiée. Une attaque contre Odelltown est planifiée pour le 9 novembre. Nommé brigadier général des Frères chasseurs, Hindenlang dirige une des trois colonnes de soldats lors de la bataille. Ses hommes et lui s’installent derrière une grange pour se battre contre les volontaires loyaux réfugiés dans l’église d’Odelltown. Lorsque le feu est mis à la grange, Hindenlang et sa troupe font jonction avec les hommes de Nelson à la clôture d’entrée d’Odelltown. D’abord victorieux, les Patriotes doivent retraiter d’Odelltown lorsque les volontaires loyaux reçoivent des renforts.

     Face à la supériorité numérique de l’armé britannique, les chefs patriotes décident de retourner aux États-Unis. Le 10 novembre, dans sa fuite, Charles Hindenlang est capturé par les Britanniques. Expédié à Montréal., il est écroué à la prison Pied-du-Courant le 14 novembre 1838. Les autorités anglaises font alors circuler une déclaration et des écrits d’Hindenlang qui incriminent Robert Nelson, allant même jusqu’à le traiter de fourbe, de lâche et de vendu. L’origine et la véracité de ces écrits sont contestées par la suite. Le 22 janvier 1839, il passe en cour martiale et deux jours plus tard, il est condamné à mort. Le 15 février 1839, il montre sur l’échafaud en criant : « Vive la liberté »!

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The Battle of Odelltown

Photo : Edgar Gariépy d’après une gravure de D. McCallun (vers 1930)

Source : BANQ

 

 

 

     Odelltown est un lieu-dit de la municipalité de Lacolle. L’origine de l’endroit remonte à la fin du XVIIIᵉ siècle lorsque le loyaliste Joseph Odell s’y installe. Situé aux abords du Richelieu et de la frontière de l’État de New York, Odelltown est une véritable enclave britannique dans la région. Dès 1823, une église méthodiste en pierre est construite dans le village. C’est dans cette église qu’un groupe de volontaires loyaux à la couronne britannique se sont réfugiés pour combattre les Patriotes le 9 novembre 1838.

     À la bataille d’Odelltown, 200 volontaires loyaux sont dirigés par le lieutenant-colonel Charles Cyril Taylor et le lieutenant Lewis Odell. Ils ont un canon qu’ils ont réussi à subtiliser aux Patriotes quelques jours auparavant. L’armée patriote est dirigée par Robert Nelson, Charles Hindenlang et Médard Hébert. Elle est composée de 600 Frères chasseurs, une association secrète formée au printemps 1838 pour organiser l’établissement d’une république au Bas-Canada en déclarant son indépendance face à la Grande-Bretagne. Au début des combats, les Patriotes forment trois colonnes pour assiéger Taylor, Odell et leurs hommes. La bataille tire à l’avantage des Frères chasseurs jusqu’à ce que « /…/ des volontaires loyaux en provenance d’Hemmingford et de L’Île-aux-Noix viennent en renfort et les obligent à se disperser ».

     La bataille d’Odelltown est la dernière lutte armée des Patriotes. Lors d’un conseil de guerre tenu après la bataille, les chefs patriotes constatent leur impuissance. Ils sont incapables d’affronter les 5 000 hommes de l’armée anglaise dirigée par John Colborne qui fait route vers Napierville situé à une journée de marche des positions patriotes. La fuite devient leur seule issue. Robert Nelson, président du gouvernement provisoire de la République du Bas-Canada, traverse la frontière américaine; il passe le reste de sa vie aux États-Unis. Charles Hindenlang est capturé par les Britanniques; jugé, il est pendu le 15 février 1839. De nombreux Frères chasseurs sont emprisonnés. L’issue de la bataille d’Odelltown est cruelle : la République de 1838 est un échec et démontre l’impossibilité d’aboutir à la rupture du lien colonial au Bas-Canada par un processus révolutionnaire armé.

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