Archive pour la ‘Le Québec contemporain’ Catégorie

«René Lévesque exhibant l’accord constitutionnel de novembre 1981»

Photo : Ron Poling (1981)

Source : PC

     Le 2 octobre 1980, Pierre Trudeau annonce son intention de rapatrier unilatéralement la constitution du Canada. Le 28 septembre 1981, la Cour suprême du Canada avait conclu que cette procédure est légale mais que le premier ministre du Canada doit légitimer son projet en ralliant un nombre substantiel de provinces. Une conférence constitutionnelle est alors convoquée pour le 2 novembre suivant.

     Dès l’ouverture de la conférence, René Lévesque et sept autres premiers ministres provinciaux s’allient au sien de ce qui est appelé la «Bande des Huit». Ils proposent un compromis que rejette le gouvernement fédéral. Diverses alternatives sont alors envisagées durant la conférence.  Puis, dans la nuit du 4 au 5 novembre, Jean Chrétien négocie un accord avec les premiers ministres de neuf provinces sans prévenir la délégation du Québec. Au matin du 5 novembre, Lévesque est placé devant le fait accompli après ce que plusieurs qualifient de «Nuit des Longs Couteaux», par association avec les assassinats des nazis au sein même de leur mouvement.

     L’enjeu est grand car deux visions s’affrontent : d’une part, celle d’un Canada multiculturel et multilingue et celle, d’autre part, d’un Québec comme foyer d’un peuple fondateur du pays.  L’entente du 5 novembre devait servir à lancer de nouvelles discussions. Rapidement, ce document structure la forme finale de la réforme constitutionnelle et sert de base au rapatriement de la Constitution du Canada au printemps 1982. Le Gouvernement du Québec présente toujours l’entente comme l’Accord constitutionnel du 5 novembre 1981 conclu sans la participation du Québec.

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La nouvelle entente Québec-CanadaPhoto anonyme de la couverture (s.d.)Source : secondemain.ca

 

     Au pouvoir depuis 1976, le gouvernement du Parti Québécois dirigé par René Lévesque rend public le «Livre blanc sur la souveraineté-association» le premier novembre 1979. Dès le 23 février précédent, l’exécutif national du PQ avait fait connaître sa position dans D’égal à égal, un manifeste sur la question.  Les propositions sur la souveraineté-association sont ensuite discutées et modifiées lors du congrès du parti en juin 1979.  Finalement, le livre blanc est publié par le conseil exécutif du Gouvernement du Québec.

     Le document de 118 pages propose un changement important : «Si l’on désire vraiment une nouvelle entente entre le Québec et le reste du Canada, il faut de toute nécessité, substituer au fédéralisme une nouvelle formule constitutionnelle». Le gouvernement québécois demande la transformation du fédéralisme canadien pour permettre au Québec d’acquérir tous les pouvoirs d’un pays souverain.  De plus, cette entente est proposée dans le cadre d’une union économique et monétaire avec le Canada.

     Le livre est rapidement un succès de presse. Sa publication entraîne un vif débat dans la société québécoise, tant à l’Assemblée nationale du Québec que dans l’espace public. Les partisans de la souveraineté et ceux du fédéralisme s’affrontent sur plusieurs tribunes.  Le 20 décembre 1979, le gouvernement Lévesque dévoile la question référendaire  qui permettra à la population québécoise de se prononcer démocratiquement sur la proposition de souveraineté-association le 20 mai 1980.

«Jacques Parizeau, homme politique»

Photo : Jim Merrithew (vers 1995)

Source : http://www.encyclopediecanadienne.ca

 

     Le 30 octobre 1995 : c’est la date du référendum sur la souveraineté du Québec. Plus de 93% de la population se déplace pour aller aux urnes, pour un des grands rendez-vous de l’histoire du Québec. Il faut dire, comme l’a souligné Mathieu Bock-Côté lors d’une conférence organisée par la Fondation Lionel-Groulx, que «L’aspiration à l’indépendance traverse l’histoire du Québec». Rappelons que 12 septembre 1994, le Parti Québécois dirigé par Jacques Parizeau prend le pouvoir et forme un gouvernement majoritaire. Parizeau a pris l’engagement d’organiser rapidement un référendum sur la souveraineté du Québec et il tient parole.

     Les forces souverainistes forment une large coalition. Le camp du OUI a Lucien Bouchard du Bloc Québécois comme négociateur en chef. Mario Dumont, chef de l’Action démocratique, appuie aussi l’option souverainiste. Du côté du NON, le porte-parole officiel est Daniel Johnson, chef du Parti Libéral du Québec mais c’est le premier ministre du Canada, Jean Chrétien, qui tire véritablement les ficelles du Comité du NON. Le 25 octobre 1995, il prononce une allocution télévisée dans laquelle il s’engage à reconnaître le Québec comme une société distincte. Il demande aux électeurs québécois : «Avez-vous une raison , une seule bonne raison de détruire le Canada ?». Deux jours plus tard, une grande manifestation est organisée à Montréal pour démontrer l’amour que le Canada a pour le Québec.

     La question posée le 30 octobre 1995 est : «Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995 ?». Le Québec est divisé : 2 308 360 OUI et 2 362 648 NON. Le rejet de l’option souverainiste est dur à accepter pour les partisans de l’indépendance du Québec. Jacques Parizeau prononce un discours le soir même et affirme : «Nous avons été battus par l’argent et des votes ethniques». Plusieurs dénoncent par la suite cette affirmation même si elle correspond à l’analyse du vote. Pierre Drouilly, par exemple, conclut son étude des résultats du vote en écrivant : «Même si l’on peut estimer inopportune cette déclaration de Jacques Parizeau, car elle était sans doute inélégante dans la bouche d’un chef d’État de la part duquel on attend un discours rassembleur et non pas un discours vengeur, cette déclaration exprime néanmoins dans une formule saisissante une vérité incontournable».

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