Archive pour la ‘La colonie anglaise’ Catégorie

Queen Victoria and Prince Albert with their nine children at Osborne HousePhoto attribuée à Leonida Caldesi & Mattia Montecchi (1857)Source : Royal Collection Trust

    En 1857, les parlementaires de la Province du Canada demandent officiellement à la reine Victoria de déterminer une nouvelle capitale permanente pour la colonie. Durant la décennie précédente, Québec, Montréal, Kingston et Toronto alternent comme capitale. Le Parlement se déplace ainsi entre ces villes à divers intervalles. Le 24 mars 1857, des résolutions sont adoptées pour établir un siège permanent de la capitale. Une importante somme d’argent est aussi octroyée pour construire un parlement fixe. Une résolution propose de plus d’expédier une adresse à la reine pour la prier de choisir la future capitale.

City of Ottawa, Canada WestReproduction d’une lithographie de Stent & Liver (v. 1859)Source : BAC

     À la surprise générale, la reine Victoria choisit Ottawa comme siège de la capitale du Canada. Cette ville est alors une communauté de rude bûcherons. En fait, ce site est un compromis politique et géographique.  La ville d’Ottawa est située au milieu des anciennes colonies du Haut et du Bas-Canada. De plus, elle offre plus de sécurité en raison de son éloignement de la frontière américaine.

West Block looking from S.E. Wellington St.Photo de Samuel McLaughlin (1867)Source : BAC

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Le Dr Robert NelsonGravure parue dansL’Opinion publique (1873)Source : BANQ

     Le docteur Robert Nelson prend la tête du mouvement patriote en 1838. Le 28 février, ses hommes et lui, en exil aux États-Unis, traversent la frontière. Ils se rendent à Caldwell’s Manor pour lire la Déclaration d’indépendance du Bas-Canada. Nelson proclame à ce moment la fin de la colonisation anglaise et le début de la république du Bas-Canada. Toutes les clauses de la déclaration entrent en vigueur immédiatement ! La description de la lecture de la déclaration, geste unilatéral s’il en est un, est peu documentée. Qui était présent ? Y avait-il des habitants de la région ou seulement les Patriotes armés accompagnant Nelson, troupe que l’on chiffre de 300 à 700 hommes selon les sources.  L’événement est rapporté près d’un an plus tard dans L’Ami du peuple, un journal favorable à la politique coloniale anglaise.  Dans l’édition du 20 février 1839, on lit : «Le Dr. Nelson qui prend ici les titres pompeux de président de la république en perspective et de commandant en chef d’une armée de brigands […] s’était toujours conduit avec une prudence qui ne permettait pas de croire qu’il prendrait cette détermination».

     La Déclaration contient une préface qui dénonce la corruption au sein de la bureaucratie de la colonie.  Elle dénonce aussi la violation des droits des Canadiens et la dévastation faite par l’armée britannique. La Déclaration contient dix-huit articles. Elle déclare que le Bas-Canada cesse d’être une colonie anglaise pour devenir une république. L’union entre l’Église et l’État est dissoute tandis que l’égalité des droits entre tous les citoyens du Bas-Canada, d’origine française, anglaise ou amérindienne, est affirmée. La liberté de presse est garantie tout comme les procès équitables devant jury, l’éducation générale et publique ainsi que les élections par vote secret.  On y retrouve aussi l’abolition du régime seigneurial et la redistribution des terres dites de la couronne.  La Déclaration proclame de plus l’usage du français et de l’anglais dans toutes les affaires publiques.

     En fait, la lecture de cette déclaration est un véritable défi envers la couronne britannique, la région de Caldwell’s Manor étant un château fort loyaliste.  Par la suite, Nelson retourne au États-Unis pour fonder l’Association des Frères chasseurs, une organisation secrète vouée à l’indépendance du Bas-Canada. Robert Nelson déclare l’indépendance à nouveau en novembre 1838 mais ses soldats sont défaits par une milice loyaliste à Lacolle et par l’armée britannique à Odelltown.  Ces défaites sonnent le glas des revendications d’indépendance des Patriotes.

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F.-X. GarneauReproduction d’une estampe publiée en 1866 dans Le Feuilleton (s.d.)Source : BAC 1933-282-1

 

     Dès son décès, l’importance historique de l’oeuvre de François-Xavier Garneau est reconnue. L’abbé Henri-Raymond Casgrain publie sa biographie chez Joseph-Norbert Duquet à Québec en 1866. Il écrit : «L’avenir sanctionnera le titre d’Historien National que les contemporains de M. Garneau lui ont décerné. Car, outre ses qualités éminentes, c’est lui qui, le premier, a pénétré dans le chaos de nos archives et penché le flambeau de la science sur ces ténèbres. D’autres parmi ses émules, profitant de ses travaux et marchant à sa suite dans les sentiers qu’il a frayés, pourront lui disputer la palme de l’érudition, mais nul ne lui ravira cette gloire».

     La mort de Garneau survient dans la nuit du 2 au 3 février 1866. Il décède dans sa résidence, rue Saint-Flavien à Québec, des suites d’une attaque d’épilepsie, compliquée d’une pleurésie. La nouvelle de sa mort se répand à travers le Canada, principalement grâce aux journaux de langue française. Sa disparition laisse dans la population un sentiment de deuil national.  Un comité est formé pour venir en aide à sa famille et pour ériger un monument commémoratif sur sa tombe au cimetière Notre-Dame-de-Belmont à Sainte-Foy. Ce monument est dévoilé le 15 septembre 1867 devant une foule très nombreuse alors que le premier ministre du Québec Pierre-Joseph-Olivier Chauveau prononce une éloge émouvante de l’historien.

L’hon. P. J. O. ChauveauPhoto anonyme d’une estampe parue en 1882-1884 dans l’Histoire des Canadiens français de Benjamin Sulte (s.d.)Source : BANQ

     Certes, les développements de la méthode historique ont entraîné par la suite plusieurs historiens à prendre une distance avec la manière originale qu’utilisait Garneau pour écrire l’histoire. Son oeuvre s’inscrit en fait dans un contexte particulier. En 1965, Jean-Charles Falardeau en résume ainsi l’essentiel : «L’Histoire de Garneau fut à la fois un plaidoyer et un acte de foi. L’insuccès de la révolte de 1837-38 et sa dure répression avaient laissé toutes les classes de la population dans un profond désenchantement. Les propositions du Rapport de Lord Durham visant à l’union des deux Canadas et à une assimilation progressive de la population française par une massive immigration britannique semblaient compromettre irrévocablement le destin de la nation canadienne-française. Pour contrecarrer l’esprit de défaitisme, Garneau entreprend de rappeler aux Canadiens français qu’ils ont un passé et que ce passé est glorieux».

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