Archive pour la ‘La colonie anglaise’ Catégorie

Première page de «An Act to reunite the Provinces of Upper and Lower Canada, and for the Government of Canada»3 & 4 Vict., c. 35Source : BAC – MG40/E1

     Le Rapport Durham recommande au Parlement de Londres la fusion du Bas-Canada et du Haut-Canada avec l’établissement d’un gouvernement responsable dans la nouvelle province. Ces conclusions font suites aux conflits armés de 1837 et à l’insurrection de 1838 survenus dans ces deux colonies.

     En septembre 1839, Charles Poulett Thompson est envoyé dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord comme gouverneur général. Il doit prendre les mesures nécessaires pour obtenir l’union préconisée par le Rapport Durham. Les résolutions en ce sens sont adoptées par les législatures du Bas-Canada, en novembre 1839, et du Haut-Canada, en décembre suivant. Ces textes sont ensuite fusionnées par James Stuart, juge en chef du Bas-Canada, au début de 1840, pour être entérinée par le Parlement du Royaume-Uni. La sanction royale est donnée le 23 juillet 1840 et la loi entre en vigueur l’année suivante.

     L’Union donne naissance à la Province du Canada. Cette constitution est rapidement une source d’instabilité politique, notamment en raison du caractère injuste de la représentation populaire au parlement de la nouvelle province. Les coalitions ministérielles qui en découlent aboutissent cependant, en 1848, à l’établissement du gouvernement responsable. Toutefois, l’usage du français reste proscrit dans la législature et l’anglais demeure la seule langue officielle du Canada.

#######

EnregistrerEnregistrer

Corvette «La Capricieuse» Photo anonyme (vers 1855) Source : BANQ

     Le vendredi 13 juillet 1855, vers 19 h, la corvette La Capricieuse arrive à Québec. C’est le premier navire français à remonter le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Québec depuis la Conquête. Le voilier est toué par l’Advance, un navire à vapeur envoyé à sa rencontre. Cette rencontre historique est célébrée par la population qui pavoise la ville aux couleurs de la France et de l’Angleterre. Le lendemain, une cérémonie officielle se tient au quai de la reine. Le maire de Québec, Joseph Morrin, accueille en ces termes La Capricieuse : «C’est pour les habitants de Québec un jour bien mémorable que celui où il leur est donné de souhaiter la bienvenue au glorieux drapeau de la France, l’alliée de notre gracieuse souveraine. Si des évènements qu’il était au-dessus de la puissance humaine de maîtrise, ont tenu si longtemps les deux premières nations de l’Europe dans une attitude jalouse ou hostile, remercions la Providence qui les unit ensemble aujourd’hui, afin de protéger le faible contre le fort, et de permettre aux lumières de pénétrer sur tous les rivages et chez tous les peuples. Pour notre part, monsieur le commandant, nous espérons que votre arrivée parmi nous va marquer le commencement d’une nouvelle ère de prospérité pour les deux pays, et que les rapports commerciaux et les relations sociales qui vont s’ensuivre cimenteront chaque jour davantage l’alliance intime de l’Angleterre et de la France».

     En effet, le ministre de la Marine française, l’amiral Ferdinand Alphonse Hamelin, a mandaté le commandant Henri Belvèze pour établir des relations commerciales entre la France et la Province du Canada. Belvèze va remonter le Saint-Laurent pour se rendre à Montréal, à Kingston, à Toronto et à Ottawa. Il termine son voyage en passant par Trois-Rivières pour revenir à Québec. La Capricieuse, elle, s’arrêtera au bas du lac Saint-Pierre en raison des contraintes de la navigation en amont. Dans son rapport ainsi que dans les différentes allocutions qu’il prononce et lettres qu’il rédige lors de son séjour en sol nord-américain, Belvèze répète souvent qu’il représente une France en position d’alliée de la couronne britannique et qu’il entend mener sa mission dans cet esprit.

     Finalement, la visite de La Capricieuse est un véritable paradoxe. Les Canadiens, surtout ceux de langue française, célèbrent ce retour de la France dans la vallée du Saint-Laurent. Écrivains et poètes, tel Octave Crémazie, y vont même de compositions qui présentent l’événement comme exaltant et prometteur. Le gouvernement britannique, lui, se montre favorable au développement des échanges commerciaux avec la France. Pourtant, malgré son succès, Belvèze sera mis à la retraite à son retour, possiblement en raison de ses prises de position royaliste. Le Quai d’Orsay multiplie ensuite les délais dans le rétablissement de sa présence sur le territoire de son ancienne colonie. Il faut attendre 1859 pour qu’un consul soit envoyé en poste à Québec et, là encore, les fonctionnaires français reçoivent comme instructions d’agir avec prudence est circonspection.

#######

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

EnregistrerEnregistrer

Banquet de fondation, 24 juin 1834Détail d’une huile sur toile deJoseph Charles Franchère (1909)Source : SSJB-Montréal

     Ludger Duvernay, George-Étienne Cartier et Louis-Victor Sicotte fondent au printemps 1834 la société secrète Aide-toi et le ciel t’aidera.  Cette organisation politique est le creuset où Duvernay a l’idée de faire de la fête de saint Jean-Baptiste une célébration pour unir la population du Bas-Canada et créer un sentiment de fierté de leurs origines. Il récupère ainsi l’ancestrale fête païenne du solstice d’été. Le Canadien publie un article le 27 juin 1834 qui explique le choix de saint Jean-Baptiste : «Il y a longtemps qu’on donne au peuple l’appellation de Jean-Baptiste, comme on donne à nos voisins celui de Jonathan, aux Anglais celui de John Bull et aux Irlandais celui de Patrick. Nous ignorons qui a pu donner lieu à ce surnom des Canadiens, mais nous ne devons pas le répudier, non plus que la patronisation (sic) que viennent d’établir nos amis de Montréal».

     Le 24 juin 1834, un banquet réunissant plusieurs des élites du Bas-Canada est organisé par ces patriotes à Montréal. Les participants veulent y fêter l’existence de leur nation. Vingt-cinq toasts sont alors portés par la soixantaine d’invités. Ludger Duvernay propose le premier : «en l’honneur du peuple, source de toute autorité légitime».

     Le banquet a lieu dans les jardins de la propriété de John McDonnell, site de la futur gare Windsor. Plusieurs patriotes célèbres y participent dont Jacques Viger, Louis-Hippolyte LaFontaine, Thomas Brown, Édouard Rodier, George-Étienne Cartier et Edmund O’Callaghan. La fête est un grand succès. L’année suivante, les célébrations se répandent dans le Bas-Canada et sont à l’origine de la Fête nationale du Québec.

#######