Archive pour la ‘La colonie anglaise’ Catégorie

«SS Royal William 1834»Reproduction d’une peinture anonyme (s.d.)Source : Wikimedia Commons

 

     Au début du XIXᵉ siècle, la navigation à vapeur se développe en Amérique du Nord.  En août 1809, L’Accommodation devient le premier navire à vapeur à naviguer sur le fleuve Saint-Laurent.  Puis, en 1815, Le Frontenac est le premier bateau à vapeur à naviguer sur le lac Ontario , en instaurant un service régulier entre Prescott et York, futur ville de Toronto.  La présence des vapeurs est de plus en plus fréquente dans les années qui suivent mais leur usage reste réservé au cabotage dans les eaux intérieures.

     La situation change au début des années 1830. John Saxton Campbell et George Black construisent alors dans leur chantier naval de l’anse au Foulon à Québec un immense navire à vapeur, le SS Royal William. Les turbines à vapeur, elles, sont construites et assemblées à Montréal. Le lancement du bateau a lieu le 27 avril 1831 sous le patronage du gouverneur Matthew Withworth-Aylmer et de lady Aylmer, née Louisa Anne Call. Durant deux ans, le Royal William effectue plusieurs voyages entre Québec et les colonies britanniques de l’Atlantique.

     L’épidémie de choléra de 1832 force la mise en quarantaine du Royal William et entraîne des pertes de 16 000£ à ses propriétaires. L’année suivante, ceux-ci décident de l’expédier en Angleterre pour le vendre au plus offrant. Le 18 août 1833, le Royal William quitte Pictou en Nouvelle-Écosse avec sept passagers, une petite cargaison et une pleine charge de charbon. Il arrive à Gravesend, sur le bord de la Tamise, 25 jours plus tard.  Le Royal William est un des premiers navires à réaliser la traversée uniquement à la vapeur, n’ayant fait voile qu’une journée pour s’assurer de l’entretien de la bouilloire.  De 1831 à 1837, le Royal William d’une longueur de 160 pieds et d’une largeur de 44 pieds est le plus important navire de passagers au monde. Il est acquis par la marine espagnole en septembre 1834 et est renommé Isabella II, nom porté jusqu’à son naufrage en janvier 1860 dans la baie de Gibraltar.

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Première page de «An Act to reunite the Provinces of Upper and Lower Canada, and for the Government of Canada»3 & 4 Vict., c. 35Source : BAC – MG40/E1

     Le Rapport Durham recommande au Parlement de Londres la fusion du Bas-Canada et du Haut-Canada avec l’établissement d’un gouvernement responsable dans la nouvelle province. Ces conclusions font suites aux conflits armés de 1837 et à l’insurrection de 1838 survenus dans ces deux colonies.

     En septembre 1839, Charles Poulett Thompson est envoyé dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord comme gouverneur général. Il doit prendre les mesures nécessaires pour obtenir l’union préconisée par le Rapport Durham. Les résolutions en ce sens sont adoptées par les législatures du Bas-Canada, en novembre 1839, et du Haut-Canada, en décembre suivant. Ces textes sont ensuite fusionnées par James Stuart, juge en chef du Bas-Canada, au début de 1840, pour être entérinée par le Parlement du Royaume-Uni. La sanction royale est donnée le 23 juillet 1840 et la loi entre en vigueur l’année suivante.

     L’Union donne naissance à la Province du Canada. Cette constitution est rapidement une source d’instabilité politique, notamment en raison du caractère injuste de la représentation populaire au parlement de la nouvelle province. Les coalitions ministérielles qui en découlent aboutissent cependant, en 1848, à l’établissement du gouvernement responsable. Toutefois, l’usage du français reste proscrit dans la législature et l’anglais demeure la seule langue officielle du Canada.

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Corvette «La Capricieuse» Photo anonyme (vers 1855) Source : BANQ

     Le vendredi 13 juillet 1855, vers 19 h, la corvette La Capricieuse arrive à Québec. C’est le premier navire français à remonter le fleuve Saint-Laurent jusqu’à Québec depuis la Conquête. Le voilier est toué par l’Advance, un navire à vapeur envoyé à sa rencontre. Cette rencontre historique est célébrée par la population qui pavoise la ville aux couleurs de la France et de l’Angleterre. Le lendemain, une cérémonie officielle se tient au quai de la reine. Le maire de Québec, Joseph Morrin, accueille en ces termes La Capricieuse : «C’est pour les habitants de Québec un jour bien mémorable que celui où il leur est donné de souhaiter la bienvenue au glorieux drapeau de la France, l’alliée de notre gracieuse souveraine. Si des évènements qu’il était au-dessus de la puissance humaine de maîtrise, ont tenu si longtemps les deux premières nations de l’Europe dans une attitude jalouse ou hostile, remercions la Providence qui les unit ensemble aujourd’hui, afin de protéger le faible contre le fort, et de permettre aux lumières de pénétrer sur tous les rivages et chez tous les peuples. Pour notre part, monsieur le commandant, nous espérons que votre arrivée parmi nous va marquer le commencement d’une nouvelle ère de prospérité pour les deux pays, et que les rapports commerciaux et les relations sociales qui vont s’ensuivre cimenteront chaque jour davantage l’alliance intime de l’Angleterre et de la France».

     En effet, le ministre de la Marine française, l’amiral Ferdinand Alphonse Hamelin, a mandaté le commandant Henri Belvèze pour établir des relations commerciales entre la France et la Province du Canada. Belvèze va remonter le Saint-Laurent pour se rendre à Montréal, à Kingston, à Toronto et à Ottawa. Il termine son voyage en passant par Trois-Rivières pour revenir à Québec. La Capricieuse, elle, s’arrêtera au bas du lac Saint-Pierre en raison des contraintes de la navigation en amont. Dans son rapport ainsi que dans les différentes allocutions qu’il prononce et lettres qu’il rédige lors de son séjour en sol nord-américain, Belvèze répète souvent qu’il représente une France en position d’alliée de la couronne britannique et qu’il entend mener sa mission dans cet esprit.

     Finalement, la visite de La Capricieuse est un véritable paradoxe. Les Canadiens, surtout ceux de langue française, célèbrent ce retour de la France dans la vallée du Saint-Laurent. Écrivains et poètes, tel Octave Crémazie, y vont même de compositions qui présentent l’événement comme exaltant et prometteur. Le gouvernement britannique, lui, se montre favorable au développement des échanges commerciaux avec la France. Pourtant, malgré son succès, Belvèze sera mis à la retraite à son retour, possiblement en raison de ses prises de position royaliste. Le Quai d’Orsay multiplie ensuite les délais dans le rétablissement de sa présence sur le territoire de son ancienne colonie. Il faut attendre 1859 pour qu’un consul soit envoyé en poste à Québec et, là encore, les fonctionnaires français reçoivent comme instructions d’agir avec prudence est circonspection.

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