Rémy, Daniel de (Sieur de Courcelles) (1626-1698) Huile sur toile d'Henri Beau (1929) Source : BAC

Rémy, Daniel de
(Sieur de Courcelles) (1626-1698)

Photo anonyme d’une huile sur toile d’Henri Beau datant de 1929 (s.d.)
Source : BAC

     Le 3 avril 1669, le roi Louis XIV écrit au gouverneur Courcelles. Il demande que les habitants de la Nouvelle-France soient divisés en compagnies selon leur proximité de résidence. Ces compagnies doivent être commandées par des capitaines, des lieutenants et des enseignes. Le roi demande que cette milice s’assemble une fois par mois pour s’exercer au maniement des armes. De plus, le gouverneur doit s’assurer de leur fournir la poudre et les fusils nécessaires. Si possible, le roi souhaite que la milice se réunisse un fois l’an pour des exercices par corps. Une marche tous les deux ou trois ans «dans le païs des Iroquois» est même évoquée dans la lettre.

     Cette mobilisation va demander plusieurs années d’effort. Frontenac, successeur de Courcelles, mène cette tâche à bien. La paroisse est généralement le point de ralliement de la milice. Chaque compagnie est rattachée à un des trois districts de la colonie : Québec, Trois-Rivières ou Montréal. Dans chaque cas, un état-major est constitué. Le gouverneur de district commande sa milice et le gouverneur de la Nouvelle-France est le chef suprême de cette organisation militaire. L’intendant peut toutefois requérir l’aide des miliciens pour certaines obligations civiles.

     L’institution de la milice en 1669 touche toute la Nouvelle-France. Tous les hommes de 16 à 60 ans font partie d’un corps de milice local, seigneurial ou paroissial. Ils doivent participer aux expéditions militaires. Ils participent aussi à la préparation et à la construction des systèmes de défense des villes.

#######

Monogramme de la Société de Saint-Sulpice

Monogramme de la Société de Saint-Sulpice

     Claude de Boutroue d’Aubigny est intendant de la Nouvelle-France de 1668 à 1670. Il remplit cette fonction entre les deux mandats de Jean Talon. Son passage en Nouvelle-France est caractérisé par un conflit avec le gouverneur Rémy de Courcelles. Ce dernier considère que Boutroue est trop influencé par Mgr de Laval. La couronne rejète cependant les plaintes de Courcelles et soutient les décisions de l’intendant. Boutroue reçoit, entre autres, le mandat d’enquêter sur les avantages et les inconvénients de vendre de l’eau-de-vie aux Amérindiens.

     Dans un premier temps, Boutroue fait adopter en 1668 par le Conseil souverain une ordonnance permettant, avec quelques réserves, de vendre de l’alcool aux Amérindiens. Un peu plus tard, l’intendant se ravise en constatant les effets néfastes de cette pratique. Il prohibe alors la vente d’alcool dans les villages autochtones. Les sulpiciens, eux, veulent aller plus loin dans leur seigneurie de Montréal. Les cabaretiers de l’endroit semblent alors guidés par l’appât du gain dans la tenue de leurs établissements. Ils ne font pas de différence entre les jours de travail et ceux du dimanche et des fêtes religieuses. Les buveurs sont même servis durant le service divin à l’église paroissiale. Cette situation est inacceptable pour les sulpiciens. Les seigneurs de Montréal profitent du passage de Boutroue à Ville-Marie en 1669 pour obtenir une ordonnance particulière.

     Le 2 avril 1669, l’intendant use de son autorité pour régler le problème. Il défend à tous les habitants des villes, des bourgs et des villages de la colonie d’aller boire ou manger dans les cabarets et les tavernes durant la messe, sous peine d’amende. Les récidivistes sont menacés de la prison. Les aubergistes peuvent cependant vendre des pots de vin destinés à la consommation privée dans les résidences.

#######

François-Louis Lessard Photo anonyme (1900)  Source : Musée canadien de la guerre

«François-Louis Lessard»
Photo anonyme (1900)
Source : Musée canadien de la guerre

     Le lundi de Pâques 1918 est le théâtre d’une triste émeute à Québec. Au cours des cinq jours qui précèdent, des manifestations se déroulent dans la ville pour protester contre la conscription. L’armée canadienne dirigée par le major-général François-Louis Lessard fait alors paraître un avis public dans les journaux locaux. Les attroupements sont interdits et sont considérés comme un acte criminel. Malgré les protestations du député Armand La Vergne et du maire Henri-Edgar Lavigueur, la répression va s’exercer par la force.

   Vers 19h20, les troupes quittent la citadelle de Québec en route vers la Basse-Ville où se regroupent les manifestants. La cavalerie ouvre la marche.  Les manifestants ont éteint les réverbères. La brume recouvre la ville. Le choc se produit aux limites des quartiers Saint-Roch et Saint-Sauveur. Accueillis par une volée de briques, de pierres et de glaçons, les militaires ouvrent le feu. Quatre hommes sont atteints mortellement : le menuisier Honoré Bergeron (49 ans), le mécanicien Alexandre Bussières (25 ans), l’étudiant Édouard Tremblay (23 ans) et un adolescent, Georges Demeule, âgé de 14 ans.

     La loi martiale est proclamée le 4 avril, suivie d’une enquête du coroner du 8 au 13 avril. L’enquête démontre que les quatre victimes sont «innocentes de toute participation à cette émeute, qui devait son origine à la manière malhabile et grossière avec laquelle les officiers fédéraux chargés de l’exécution de la loi de conscription envers les insoumis exerçaient leurs fonction». Une indemnisation est demandée pour les familles de ces victimes innocentes et sans arme. Cette proposition est rejetée par la majorité des députés de la Chambre des communes en 1921. Les familles ne seront jamais indemnisées.

#######