Archive pour la ‘Bas-Canada’ Catégorie

«Pendaison de Charles Hindenlang personnifié par Frédérick Gilles dans le film 15 février 1839»

Photo : Alain Dostie (2001)

Source : Éléphant — Mémoire du cinéma québécois

     Charles Hindenlang est né à Paris en 1810. Ses parents sont des commerçants d’origine suisse protestante. Militaire depuis la révolution de juillet 1830, il est à New York en 1838. Il fait la rencontre de Ludger Duvernay et est recruté par l’armée patriote. Avec un autre officier français et deux officiers polonais, il est envoyé à Rouses Point dans l’État de New York. De là, il traverse la frontière vers le Bas-Canada en compagnie de Robert Nelson avec qui il a planifié une stratégie pour attaquer la colonie britannique. Arrivé à Napierville, dans la nuit du 3 au 4 novembre 1838, Hindenlang est chargé d’apprendre les manoeuvres tactiques aux Frères chasseurs, la branche militaire des Patriotes.

     Des problèmes surviennent dans l’approvisionnement en armes de l’armée patriote et la stratégie d’envahissement du Bas-Canada doit être modifiée. Une attaque contre Odelltown est planifiée pour le 9 novembre. Nommé brigadier général des Frères chasseurs, Hindenlang dirige une des trois colonnes de soldats lors de la bataille. Ses hommes et lui s’installent derrière une grange pour se battre contre les volontaires loyaux réfugiés dans l’église d’Odelltown. Lorsque le feu est mis à la grange, Hindenlang et sa troupe font jonction avec les hommes de Nelson à la clôture d’entrée d’Odelltown. D’abord victorieux, les Patriotes doivent retraiter d’Odelltown lorsque les volontaires loyaux reçoivent des renforts.

     Face à la supériorité numérique de l’armé britannique, les chefs patriotes décident de retourner aux États-Unis. Le 10 novembre, dans sa fuite, Charles Hindenlang est capturé par les Britanniques. Expédié à Montréal., il est écroué à la prison Pied-du-Courant le 14 novembre 1838. Les autorités anglaises font alors circuler une déclaration et des écrits d’Hindenlang qui incriminent Robert Nelson, allant même jusqu’à le traiter de fourbe, de lâche et de vendu. L’origine et la véracité de ces écrits sont contestées par la suite. Le 22 janvier 1839, il passe en cour martiale et deux jours plus tard, il est condamné à mort. Le 15 février 1839, il montre sur l’échafaud en criant : « Vive la liberté »!

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The Battle of Odelltown

Photo : Edgar Gariépy d’après une gravure de D. McCallun (vers 1930)

Source : BANQ

 

 

 

     Odelltown est un lieu-dit de la municipalité de Lacolle. L’origine de l’endroit remonte à la fin du XVIIIᵉ siècle lorsque le loyaliste Joseph Odell s’y installe. Situé aux abords du Richelieu et de la frontière de l’État de New York, Odelltown est une véritable enclave britannique dans la région. Dès 1823, une église méthodiste en pierre est construite dans le village. C’est dans cette église qu’un groupe de volontaires loyaux à la couronne britannique se sont réfugiés pour combattre les Patriotes le 9 novembre 1838.

     À la bataille d’Odelltown, 200 volontaires loyaux sont dirigés par le lieutenant-colonel Charles Cyril Taylor et le lieutenant Lewis Odell. Ils ont un canon qu’ils ont réussi à subtiliser aux Patriotes quelques jours auparavant. L’armée patriote est dirigée par Robert Nelson, Charles Hindenlang et Médard Hébert. Elle est composée de 600 Frères chasseurs, une association secrète formée au printemps 1838 pour organiser l’établissement d’une république au Bas-Canada en déclarant son indépendance face à la Grande-Bretagne. Au début des combats, les Patriotes forment trois colonnes pour assiéger Taylor, Odell et leurs hommes. La bataille tire à l’avantage des Frères chasseurs jusqu’à ce que « /…/ des volontaires loyaux en provenance d’Hemmingford et de L’Île-aux-Noix viennent en renfort et les obligent à se disperser ».

     La bataille d’Odelltown est la dernière lutte armée des Patriotes. Lors d’un conseil de guerre tenu après la bataille, les chefs patriotes constatent leur impuissance. Ils sont incapables d’affronter les 5 000 hommes de l’armée anglaise dirigée par John Colborne qui fait route vers Napierville situé à une journée de marche des positions patriotes. La fuite devient leur seule issue. Robert Nelson, président du gouvernement provisoire de la République du Bas-Canada, traverse la frontière américaine; il passe le reste de sa vie aux États-Unis. Charles Hindenlang est capturé par les Britanniques; jugé, il est pendu le 15 février 1839. De nombreux Frères chasseurs sont emprisonnés. L’issue de la bataille d’Odelltown est cruelle : la République de 1838 est un échec et démontre l’impossibilité d’aboutir à la rupture du lien colonial au Bas-Canada par un processus révolutionnaire armé.

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Sir John Colborne (Lord Seaton)

Document iconographique anonyme (XIXᵉ siècle)

Source : BAC

     Pour expliquer le début des événements violents en 1837 au Bas-Canada, l’historien Gérard Filteau propose la thèse du complot. Il suggère que John Colborne, commandant en chef des armées des deux Canadas, Adam Thom, rédacteur en chef du Montreal Herald, et Charles Richard Ogden, procureur général du Bas-Canada, prirent entente avec des membres de la « Clique du Château » pour provoquer les Patriotes et susciter des échauffourées violentes. Cette conspiration permet, après l’émeute du 6 novembre 1837 à Montréal, d’émettre des mandats d’arrestation contre les chefs patriotes.

     Colborne préconise une solution militaire pour mater les Patriotes. Il est favorable à ce que les « Loyaux » à la couronne britannique soient armés dans des corps de volontaires ou encore incorporés dans les troupes régulières. Du 8 au 10 novembre 1837, Colborne fait équiper 10 compagnies de 80 hommes. « Plusieurs corps de volontaires seront formés et armés: les Fusiliers Royaux, les Dragons légers de la Reine, la Cavalerie volontaire de Montréal, l’Infanterie légère de Québec, les Volontaires royaux de Québec, les Volontaires de Mégantic, etc. ». Plusieurs de ces corps de volontaires accompagneront ensuite l’armée anglaise dans les combats armés contre les Patriotes.

     Le 16 novembre 1837, des mandats d’arrestations sont émis contre les leaders patriotes dont les députés Louis-Joseph Papineau, Ludger Duvernay, Edmund Bailey O’Callaghan, Édouard-Étienne Rodier et Charles-Ovide Perreault. Colborne met l’armée régulière et les corps de volontaires sur un pied de guerre. Il fait aussi appel aux troupes du Haut-Canada. Rien ne l’arrête dans la répression du soulèvement : après sa victoire militaire du 14 décembre 1837, Colborne autorise la profanation du cadavre du chef patriote Jean-Olivier Chénier en guise d’exemple; de plus, les villages de Saint-Eustache et de Saint-Benoît sont incendiés. Il reçoit alors le surnom de « Vieux-Brûlot ». Colborne reste à la tête des soldats et des volontaires jusqu’à son départ pour l’Angleterre, en octobre 1839. En récompense de ses services, Colborne est nommé au Conseil privé, reçoit une pension annuelle de 2 000 £ et est élevé à la pairie d’Angleterre à titre de premier baron de Seaton.

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