Archive pour la ‘Nouvelle-France’ Catégorie

«Le monument de Madeleine de Verchères»Photo anonyme (1934)Source : BAC

 

     François Jarret est enseigne dans le régiment de Carignan lorsqu’il débarque à Québec en 1665. Il fait partie des soldats envoyés en Nouvelle-France combattre la menace iroquoise. En récompense de ses services, après la guerre, Jean Talon lui octroie une terre bordant le Saint-Laurent, à l’ouest du Richelieu. La nouvelle seigneurie prend le nom de Verchères. C’est là que va naître Marie-Madeleine surnommée Madelon le 3 mars 1678.

     Le seigneur de Verchères fait alors construire un fort pour protéger sa famille et ses censitaires de la menace iroquoise renouvelée. En 1690, en l’absence du seigneur, la mère de Madeleine, Marie Perrot, doit prendre la défense du fort avec l’aide de quelques hommes afin de repousser une attaque. Deux ans plus tard, le 22 octobre 1692, c’est sa fille qui joue le même rôle.

     Les différents récits de la défense du fort, un siège qui aurait duré huit jours, se sont transformés en mythe. La jeune fille de 14 ans échappe-t-elle aux mains de son poursuivant iroquois en détachant son foulard ? Assume-t-elle le leadership de tromper une quarantaine d’assaillants en se déguisant et en tirant du canon ? Réussit-elle à sortir de leur torpeur et à secouer les femmes et les enfants terrorisés ? Quoiqu’il en soit, l’héroïne de Verchères est immortalisée en 1913, lorsque la suggestion de Lord Grey, gouverneur général du Canada, est réalisée et qu’un monument est érigé en l’honneur de Madeleine de Verchères.

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«Portrait de Jean Talon»Photo anonyme d’une huile sur toile de 1671 attribuée au frère Luc et conservée au monastère des Augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec (s.d.)Source : André Vachon, Victorin Chabot et André Desrosiers, Rêves d’empire. Le Canada avant 1770 (1982)

     En 1670, Jean Talon est de retour en Nouvelle-France. Il est mandaté par le ministre français Jean-Baptiste Colbert pour peupler la colonie. Plusieurs mesures sont mises sur pied par le célèbre intendant. Il favorise l’immigration et facilite le recrutement d’engagés. Il incite aussi plusieurs soldats du régiment de Carignan à «s’habituer» au pays.

     Engagés, soldats et colons doivent fonder des foyers. L’objectif est d’encourager la nuptialité et la natalité. Les parents des jeunes gens demeurant célibataires sont convoqués par l’intendant pour s’expliquer. Talon va encore plus loin pour forcer la formation de couples : le 20 octobre 1671, il émet une ordonnance «pour forcer les célibataires à épouser les filles arrivant de France, sous peine d’être privés des privilèges de pêche, chasse et traite des fourrures».

     Durant cette période, une importante immigration féminine est dirigée vers la colonie.  Ce sont les Filles du Roi.  À une époque où le voyage vers la Nouvelle-France attire peu de femmes, Colbert met sur pied un système de recrutement pour aider au peuplement.  Près d’un millier de femmes, souvent orphelines ou très jeunes, est embauché pour faire la traversée et oeuvrer comme pionnières de la colonie naissante.

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«Monument des Saints-Martyrs-canadiens devant l’église Saint-Michel à Sillery»Photo : Jeangagnon (2015)Source : Wikimedia Commons

     Selon la Relation des Jésuites de 1647, Jean de La Lande a été martyrisé en octobre 1646. Jean de La Lande, un donné, accompagne le père Isaac Jogues dans une mission de paix auprès des Agniers. Jogues, de La Lande et un Wendat sont accueillis en ennemi à leur arrivée en pays iroquois. Les deux européens sont torturés puis assassinés. La Relation décrit ainsi les derniers jours de de La Lande : «Il ne faut pas mettre en oubly le jeune François qui à esté massacré avec le Pere. Ce bon garçon, appelé Jean de la Lande, natif de la ville de Dieppe, comme à esté dit cy-dessus, voyant les dangers où il s’engageoit dans un si perilleux voyage, protesta à son despart, que le desir de servir Dieu, le portoit en un pays, où il s’attendoit bien d’y rencontrer la mort. Cette disposition l’a fait passer dans une vie qui ne craint plus, ny la rage de ces Barbares, ny la fureur des Demons, ny les affres de la mort».

     René Goupil, en 1642, est le premier missionnaire jésuite massacré par les Iroquois.  À cette liste, outre Jogues et de La Lande, il faut ajouter Antoine Daniel en 1648 et puis Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant, Charles Garnier et Noël Chabanel en 1649.  La description de leurs supplices frappe l’imagination.  Leurs tortures sont parmi les plus horribles et les plus atroces des annales de la chrétienté.  Le père Brébeuf, par exemple, a été écorché, ébouillanté, brûlé et mutilé: on lui a même arraché les lèvres parce qu’il ne cessait de parler de Dieu durant son martyr.

     C’est en 1930 que le pape Pie XI canonise ce groupe de martyrs. Les saints martyrs canadiens sont depuis les patrons du Canada et assistent saint Joseph dans ce rôle. Leur souvenir est également bien commémoré : plusieurs paroisses et municipalités portent leurs noms. Au Canada, la fête des Saint-Martyrs-canadiens est fixée au 26 septembre.  Pour l’Église catholique de France, la date du 19 octobre, anniversaire du martyr de Jean de La Lande, est retenue. Ailleurs, leur souvenir est fêté le 4 février.

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