9 octobre 1796

Émeute à Saint-Roch

« Gabriel-Elzéar Taschereau, vers 1780-1790 »

Reproduction d’une aquarelle sur ivoire (s.d.)

Source : Bibliothèque et Archives Canada

     Gabriel-Elzéar Taschereau est nommé juge de paix en 1776. L’année suivante, il devient juge des plaids communs pour le district de Montréal. Ses intérêts étant surtout dans la région de Québec, il abandonne cette fonction et poursuit une carrière de bureaucrate dans la capitale. De 1792 à 1796, il siège à la Chambre d’assemblée du Bas-Canada. En mars 1794, il remplace Jean Renaud à titre de grand voyer pour le district de Québec. C’est lui qui prépare et fait adopter en 1796 la première loi sur la voirie dans la colonie.

     Cette loi sur les chemins et les ponts est controversée. Elle force les propriétaires et les occupants à entretenir les chemins royaux en façade de leur terrain. Bien qu’inspirée par une volonté de progrès dans le transport terrestre, cette législation impose un système de corvée qui heurte les habitudes des habitants et suscite le mécontentement. Dans sa tâche d’organiser les routes du Bas-Canada, le grand voyer Taschereau décide de convoquer des assemblées en septembre et octobre 1796 pour procéder à la nomination d’inspecteurs des chemins. Il fait face à une forte résistance et le grabuge se répand au Bas-Canada. Le 9 octobre 1796, une de ces assemblées tourne à l’émeute, à Saint-Roch, un faubourg de Québec. Un magistrat est agressé et sa vie est menacée. Trois personnes sont arrêtées et condamnées.

      Le contexte international de l’époque explique ces événements. La couronne britannique craint la présence dans la vallée du Saint-Laurent d’espions chargés de promouvoir une idéologie républicaine issue de la Révolution française. Soupçons et rumeurs de complots se propagent. Les notables doivent même faire une profession de foi contre-révolutionnaire. Le refus des Canadiens de faire l’entretien du bout de chemin devant leur porte justifie finalement la chasse aux sorcières pour trouver des espions à la solde de la France et pour accentuer la domination anglaise sur la société bas-canadienne francophone.

Par François Droüin; version révisée le 26 décembre 2018.

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