Archive pour la ‘Je me souviens’ Catégorie

«Thomas Storrow Brown est attaqué par des membres du Doric Club»

Dessin : Henri Julien (1887)

Source : The Montreal Star, vol. 19, no 248 (22 octobre 1887): 3

 

 

     Les Fils de la Liberté sont les membres d’une association politique paramilitaire et patriote fondée en août 1837. Le nom de l’association est trouvé par Louis-Joseph-Amédée Papineau, le fils de Louis-Joseph Papineau, chef politique des Patriotes. Dès leur début, les Fils de la Liberté convoquent une assemblée publique le premier lundi de chaque mois. La rencontre du 6 novembre 1837 tourne à un affrontement annonciateur des troubles à venir dans le Bas-Canada.

     Cette journée-là, les Fils de la Liberté doivent tenir leur assemblée mensuelle malgré l’interdiction formelle du gouverneur de tenir des rassemblements. Les journaux dits «loyaux» menacent aussi d’écraser les Fils de la Liberté. Des affiches invitent les «loyaux habitants de Montréal» à se diriger à la place d’Armes à midi et demi pour «étouffer la rébellion au berceau». Les Fils de la Liberté, dont plusieurs membres sont armés, convergent vers l’auberge de Joseph Bonacina, située au coin des rues Notre-Dame et Saint-Jacques. L’assemblée débute à 14 h; douze résolutions sont adoptées. Durant le discours du député Édouard-Étienne Rodier, des voyous qui épient la réunion par une clôture adressent des insultes aux Fils de la Liberté et leur expédient des projectiles. À 16 h, la réunion se termine. Lorsque les Fils de la Liberté quittent les lieux, une pluie de pierre s’abat sur eux. L‘émeute éclate. Les membres du Doric Club quittent la place d’Armes pour affronter les Fils de la Liberté. Des maisons sont attaquées dont celle de Papineau. Les bureaux du journal patriote anglophone The Vindicator sont saccagés. Le journaliste Thomas Storrow Brown, collaborateur du Vindicator et auteur d’une «Adresse des Fils de la liberté de Montréal aux jeunes gens des colonies de l’Amérique du Nord» le 4 octobre précédent, est sournoisement attaqué et grièvement blessé à un oeuil. Amédée Papineau commente l’événement dans ses mémoires : «C’est ainsi que les loyaux sont braves : lorsqu’ils sont dix contre un, ou qu’ils ont à leur queue, et le plus souvent à leur tête, les troupes de Sa Majesté»!

     Cette violence montre que les Patriotes, parti de la majorité, peuvent agir de manière collective pour revendiquer en pleine ville de Montréal, alors le bastion de la Montreal Constitutionnal Association et du Doric Club, deux groupes opposés aux Patriotes. Dans la semaine qui suit, des mandats d’arrestation sont émis contre plusieurs Fils de la Liberté par le gouvernement colonial.  La chasse aux sorcières ciblant les Patriotes débute…

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«René Lévesque exhibant l’accord constitutionnel de novembre 1981»

Photo : Ron Poling (1981)

Source : PC

     Le 2 octobre 1980, Pierre Trudeau annonce son intention de rapatrier unilatéralement la constitution du Canada. Le 28 septembre 1981, la Cour suprême du Canada avait conclu que cette procédure est légale mais que le premier ministre du Canada doit légitimer son projet en ralliant un nombre substantiel de provinces. Une conférence constitutionnelle est alors convoquée pour le 2 novembre suivant.

     Dès l’ouverture de la conférence, René Lévesque et sept autres premiers ministres provinciaux s’allient au sien de ce qui est appelé la «Bande des Huit». Ils proposent un compromis que rejette le gouvernement fédéral. Diverses alternatives sont alors envisagées durant la conférence.  Puis, dans la nuit du 4 au 5 novembre, Jean Chrétien négocie un accord avec les premiers ministres de neuf provinces sans prévenir la délégation du Québec. Au matin du 5 novembre, Lévesque est placé devant le fait accompli après ce que plusieurs qualifient de «Nuit des Longs Couteaux», par association avec les assassinats des nazis au sein même de leur mouvement.

     L’enjeu est grand car deux visions s’affrontent : d’une part, celle d’un Canada multiculturel et multilingue et celle, d’autre part, d’un Québec comme foyer d’un peuple fondateur du pays.  L’entente du 5 novembre devait servir à lancer de nouvelles discussions. Rapidement, ce document structure la forme finale de la réforme constitutionnelle et sert de base au rapatriement de la Constitution du Canada au printemps 1982. Le Gouvernement du Québec présente toujours l’entente comme l’Accord constitutionnel du 5 novembre 1981 conclu sans la participation du Québec.

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«Lettre au premier ministre Pierre Trudeau demandant l’application de la Loi sur les mesures de guerre»

Texte de Robert Bourassa (1970)

Source : BAC_C-140940 & C-140941

     Le 16 octobre 1970 à 4 h du matin, Pierre Elliott Trudeau proclame la Loi sur les mesures de guerre. D’un trait de plume, la démocratie et la liberté sont mises en veilleuse au Canada. Prétextant une insurrection appréhendée, l’armée canadienne envahit le Québec. Des milliers de policiers amorcent les fouilles de maisons québécoises. Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont emprisonnés sans mandat, sans accusation, sans explication.  Jean Marchand, compagnon d’armes de Trudeau, déclare : «Il y a une organisation qui a des milliers de fusils, de « machine guns », de bombes, et à peu près 2 000 livres de dynamite, ce qui est suffisant pour faire sauter le coeur de Montréal».

     Les origines de cette loi remonte à la Première Guerre mondiale.  C’est le gouvernement conservateur de Robert Borden qui avait fait adopter cette loi en août 1914 pour accorder au gouvernement fédéral des pouvoirs spéciaux.  L’État fédéral peut alors gouverner par décret et reçoit des pouvoirs additionnels en matière de détention, d’exclusion et de déportation d’immigrants.  À cette époque, ce sont surtout les immigrants allemands et austro-hongrois qui sont touchés par la Loi sur les mesures de guerre. En décembre 1941, le gouvernement libéral de William Lyon Mackenzie King proclame à nouveau la loi qui vise alors les citoyens d’origine japonaise.

   En 1970, l’application de la loi sème la controverse. Le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, et le maire de Montréal, Jean Drapeau, la réclament officiellement. À tort ou à raison, le Front de libération du Québec apparaît comme une menace réelle à la sécurité publique. Les bombes et les enlèvements ont provoqués un sentiment de terreur dans la population. Dans les heures qui suivent la proclamation de la loi par Trudeau, plus de 8 000 soldats sont déployés à Montréal. Près de 500 suspects sont arrêtés : la plupart sont des comédiens, des chanteurs, des poètes, des écrivains, des journalistes et des syndicalistes indépendantistes.

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