28 mars 1918

Québec, Printemps 1918

Le monument «Québec, Printemps 1918» Sculpture d'Aline Martineau (1998) Photo : Bouchecl (1912)

Québec, Printemps 1918
Photo de Bouches d’une sculpture d’Aline Martineau inaugurée en 1998 et commémorant le souvenir des quatre victimes de 1918 (2012)
Source : Wikimedia Commons

     L’appui des Québécois de langue française à la participation canadienne lors de la Grande Guerre évolue entre 1914 et 1918. Au départ, la société québécoise est favorable à cette participation. Cette situation se modifie par la suite. Votée en juillet 1917, la conscription s’avère impopulaire au Québec. Le rejet de cette mesure explique largement le peu de votes que le parti conservateur de Robert Borden reçoit au Québec lors de sa victoire aux élections de décembre 1917. La crise de la conscription, latente depuis des mois, va éclater.

     Dès janvier 1918, près de 400 000 hommes sont appelés au combat. Le recrutement connait aussi des ratés, surtout au Québec. Plusieurs stratagèmes sont utilisés pour éviter la conscription. Des policiers spéciaux surnommés «spotters» sont embauchés par le gouvernement fédéral pour identifier ceux qui se cachent afin d’éviter le service militaire. Le 28 mars 1918, une méprise de deux «spotters» mène à l’arrestation de Joseph Mercier à Québec. Mercier a pourtant des papiers d’exemption. Il est relâché mais l’affaire dégénère. Plusieurs milliers de personnes prennent les «spotters» à partie. La police leur permet de fuir mais ne peut contenir la foule.

     Le lendemain, plus de quinze mille personnes manifestent contre la conscription à la place D’Youville de Québec. Le bâtiment où se trouve les dossiers des conscrits se trouve à proximité. Des vandales saccagent l’immeuble et y allument un incendie. Le 30 mars 1918, les manifestants sont réunis au manège militaire de la Grande Allée. La cavalerie charge la foule qui réplique à coup de pierres. Une accalmie survient pour Pâques, célébrée le 31 mars cette année-là. La manifestation contre la conscription se déroule pacifiquement à la place Jacques-Cartier. Malgré cela, le gouvernement Borden expédie par train 10 000 soldats armés à Québec en provenance de l’Ontario et du Manitoba. Le 1ᵉʳ avril, les affrontements entre les manifestant et l’armée virent à la catastrophe. Quatre hommes sans antécédents sont tués à coup de mitrailleuse et de fusils par les militaires. Une trentaine de manifestants sont blessés. La crise de la conscription atteint son paroxysme. Le Canada est divisé. D’un côté, les Canadiens anglais sont favorables à une participation accrue à la défense de l’Empire britannique. De l’autre, les Canadiens français refusent la conscription qui met en péril leurs structures familiales autarciques au service d’une guerre où ils ont l’impression de servir de chair à canon.

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