10 janvier 1910

Fondation du journal Le Devoir

M. Henri Bourassa, M.P.P.

Photo anonyme (1910)

Source : Bibliothèque et Archives Canada

     Dès 1908, Henri Bourassa fonde la compagnie « La Publicité Limitée » qui est à l’origine du quotidien Le Devoir. Bourassa s’entoure d’une équipe de brillants journalistes : Olivar Asselin, Jules Fournier, Armand La Vergne, Omer Héroux et Georges Pelletier, entre autres. Le premier numéro du journal paraît le 10 janvier 1910. Henri Bourassa en est le directeur et écrit en première page de cette livraison : « Ce journal n’a pas besoin d’une longue présentation. On connaît son but, on sait d’où il vient, où il va ».

     En 1910, Bourassa est un des politiciens les plus influents du Québec. Élu à 27 ans député de Labelle à la Chambre des communes en 1896, il est d’abord un partisan du libéral Wilfrid Laurier. Toutefois son ultramontanisme et son indépendance intellectuelle le poussent à se dissocier progressivement du Parti libéral, d’abord sur la question scolaire du Manitoba puis sur celle de l’impérialisme britannique. Au début du XXᵉ siècle, Henri Bourassa est le chef de file d’une opinion publique éclairée canadienne-française catholique. Le schisme avec les libéraux survient en 1905 sur la question du caractère confessionnel des écoles des nouvelles provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta. Il quitte la scène fédérale en 1907 et est élu député à Québec où il devient l’adversaire du premier ministre Lomer Gouin.

     Conscient du contrôle de la presse exercé par les libéraux et les conservateurs, Bourassa publie Le Devoir pour permettre une critique du pouvoir rouge et/ou bleu. Dès son premier éditorial, le message est clair : « Le Devoir appuiera les honnêtes gens et dénoncera les coquins. Dans la politique provinciale, nous combattons le gouvernement actuel parce que nous y trouvons toutes les tendances mauvaises que nous voulons faire disparaître de la vie publique : la vénalité, l’insouciance, la lâcheté, l’esprit de parti avilissant et étroit /…/ À Ottawa, la situation est moins claire. Les deux partis s’enlisent dans le marasme où gisait la politique provinciale il y a quelques années. Le souci de la conquête ou de la conservation du pouvoir semble être leur seul mobile ». Quelques mois plus tard, Henri Bourassa va plus loin : en plein Congrès eucharistique international à Montréal, dans un discours retentissant, il dénonce devant le gratin du clergé et de la politique canadienne les arguments de l’archevêque de Westminster qui l’a précédé à la tribune. Il rejette la prétention de Mᵍʳ Francis Bourne voulant que tous les efforts pour protéger et promouvoir le français hors du Québec sont inutiles et que l’avenir de l’Église canadienne dépend de la puissance, du prestige et de l’influence de la langue et de la culture anglaises, majoritaires au Canada. Pour Bourassa et les nationalistes québécois, le question est claire : la langue française est la gardienne de la foi catholique.

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