4 avril 1918

Proclamation de la Loi martiale à Québec

« Cinq jours qui ébranlèrent Québec »

Photo : Archives Le Soleil (1918)

Source : www.lapresse.ca

     La crise de la conscription à Québec prend une nouvelle tournure le 4 avril 1918. La loi martiale est proclamée; les droits civils de citoyens de la capitale sont suspendus. Les allées et venues des habitants de la ville sont contrôlées par les militaires et les endroits stratégiques sont surveillés par des soldats armés. La violence disparaît et le calme revient progressivement à Québec. L’animosité subsiste toutefois entre les communautés anglophones et francophones. L’enquête du coroner sur les quatre décès survenus le 1ᵉʳ avril va suivre.

Retour des soldats canadiens à Montréal

Photo : John Boyd (1919)

Source : Bibliothèque et Archives Canada

     Cette enquête ne dévoile pas tout : certains témoignages importants ne paraissent pas dans le rapport final. Par exemple, l’utilisation des balles explosives retrouvées à l’autopsie sur les cadavres des défunts est laissée sous silence. Plus de soixante-quinze personnes sont blessés par les tirs à la mitrailleuse de l’armée canadienne. Sur les 62 civils mis aux arrêts, 58 sont de Québec. En fait, la révolte contre la conscription reste un événement spontané, une réaction contre l’application de mesures d’enrôlement jugées iniques par plusieurs citoyens québécois. La répression, elle, semble dictée par une mauvaise lecture du contexte mondial, par la crainte du bolchévisme et par une évaluation erronée des besoins de troupes canadiennes en Europe..

     Les motivations de l’émeute de 1918 ont été souvent analysées. La société canadienne-française est taxée d’isolationnisme et de pacifiste par les partisans de la conscription. Mais ces qualificatifs présentés par une élite moralisatrice essentiellement anglophone ne résistent pas à l’examen des chiffres liés à la présence des Canadiens français sur le champ de bataille. Dans son analyse de la participation québécoise aux conflits mondiaux, Marc-André Cyr écrit : « Ainsi, face à la menace allemande, les Canadiens français combattirent; face à la conscription, ils se révoltèrent ». L’opposition canadienne-française à la conscription n’est pas anormale ou extravagante comme l’élite militariste anglophone le laisse entendre. Cette opposition est la manifestation d’un refus d’une limitation de leur liberté, d’une limitation qui leur est imposée par un gouvernement fédéral identifié comme le représentant de la domination des communautés canadiennes-anglaises au sein de la fédération canadienne. Le Parti conservateur du Canada va en payer le prix et il est ensuite rejeté par les électeurs québécois durant près de cinquante ans.

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