8 juin 1776

Bataille des Trois-Rivières


« La Fresque de Trois-Rivières. Scène 2 – Victoire de la bataille de Trois-Rivières »
Peinture de Murale Création pour la Ville de Trois-Rivières (2009)
Source : Ville de Trois-Rivières. « La Fresque de Trois-Rivières » dans Trois-Rivières. Culture. Collection d’art public, http://www.v3r.net/culture/arts-visuels/art-public/la-fresque#scene-2-victoire-de-la-bataille-de-troisrivieres; (page consultée le 8 juin 2026)

Le 8 juin  1776, une importante bataille militaire se déroule à Trois-Rivières. Pour bien comprendre cet affrontement, il faut comprendre que, durant la guerre d’Indépendance des États-Unis, l’armée américaine envahit la vallée du Saint‑Laurent. Les révolutionnaires américains veulent libérer l’Amérique du Nord de la tutelle anglaise. L’objectif est de faire de la « Province of Quebec », la 14ᵉ colonie à rompre le lien avec la Grande-Bretagne. La stratégie militaire américaine d’encerclement de Québec est finalement un échec. Le siège de la capitale du Québec dure de l’automne 1775 au printemps 1776. Après leur cuisante défaite au pied du cap Diamant, le 31 décembre 1775, les Américains battent en retraite en juin 1776.

Au Trois-Rivières, dès l’automne précédent, les habitants de la ville avaient décidé de se rendre sans combattre. Après la capitulation de Montréal, le 13 novembre 1775, les notables trifluviens rédigent une requête pour demander aux Américains de les traiter honorablement et d’épargner les personnes et les biens. Jean-Baptiste Badeaux, notaire, et William Morris sont alors mandatés pour se rendre à Montréal afin de présenter ces doléances au général Richard Montgomery. Ce dernier accueille favorablement leur reddition et les assure que les Américains ont envahi le Québec pour construire et non pour détruire. Toutefois, ce n’est que le 8 février 1776 qu’un détachement de « Bostonnais », comme sont surnommés les envahisseurs, vient occuper la ville de Trois-Rivières. Ce sont une centaine d’hommes du 1er bataillon des forces du New York dirigés par le capitaine William Goforth et le lieutenant Ronald Stephen McDougall qui s’installent aux Trois‑Rivières. Le 22 février suivant, Goforth écrit à Benjamin Franklin pour l’informer de sa perception des sentiments des habitants du Québec. Il signe alors sa lettre comme commandant des Trois-Rivières. Mais l’hiver est rude et les occupants sont réduits à la misère.

Le 6 mai, trois navires de la Royal Navy arrivent au port de Québec; le général Guy Carleton déploie immédiatement ces renforts dans la capitale et provoque une retraite mal organisée des forces américaines vers Sorel. Le 20 mai suivant, les Américains aux Trois‑Rivières plient bagage pour rejoindre le reste de l’armée d’invasion à Sorel. Ces troupes révolutionnaires sont éventuellement commandées par le brigadier général John Sullivan qui remonte le Richelieu depuis Ticonderoga. Sullivan est bien conscient de l’importance de la route Montréal-Québec pour permettre aux troupes britanniques d’acheminer soldats, vivres et munitions le long du Saint-Laurent. Mal informé, il croit que Trois-Rivières est défendu par une faible garnison de 350 soldats anglais dépêchés de Québec en toute hâte. Au contraire, sept autres navires britanniques sont arrivés à Québec le 27 mai 1776 et Carleton ordonne immédiatement au 24e Régiment d’infanterie commandé par le lieutenant-colonel Simon Fraser of Balnain de se rendre aux Trois‑Rivières. Puis, le 5 juin 1776, Carleton nomme le major-général Friedrich Adolph von Riedesel à la tête de cinq régiments composés de mercenaires allemands du Brunswick-Lunebourg, de soldats écossais, de 150 miliciens natifs du pays et de 300 combattants provenant des nations autochtones alliées. Riedesel a comme mission de faire jonction avec les troupes de Simon Fraser et d’aller à la rencontre des Américains campés à Sorel.

De son côté, Sullivan envoie au même moment le général de brigade William Thompson à la rivière Nicolet avec ordre de traverser le fleuve à la hauteur de la Pointe du Lac. Thompson commande une colonne de 1 800 hommes qui comprend le 1er Régiment canadien levé durant l’automne 1775 par James Livingston. Durant la nuit du 7 au 8 juin 1776, contrairement aux ordres, Thompson et ses hommes montent à bord d’une vingtaine d’embarcations à Saint-François-du-Lac, sur la Yamaska. Ils traversent le lac Saint-Pierre et débarque sur la rive nord, près de la rivière Yamachiche. Ils sont guidés par deux sympathisants à la cause révolutionnaire : le capitaine de milice et marchand à la Rivière‑du-Loup François Guillot dit Larose et le cabaretier à Machiche Pierre Dupaul. À la pointe du lac Saint-Pierre, ces deux guides laissent les Américains au soin du beau-frère de Dupaul, le cultivateur Antoine Gauthier.

Mais Gauthier n’aime pas les Américains; il fait mine d’être sympathique à leur cause et leur recommande d’attaquer Trois-Rivières par l’arrière à partir du chemin Sainte‑Marguerite plutôt que directement le long du fleuve par le chemin du Roy. Autorisé à se rendre chez lui pour s’habiller plus chaudement, Gauthier demande à sa femme, Marie‑Josephte Girard, d’avertir le capitaine de milice de l’endroit, un nommé Guay dit Lampron, de l’attaque des envahisseurs. Vers 4 heures du matin, le lieutenant‑colonel Fraser est informé par Guay de l’imminence de l’attaque ennemie. Fraser fait battre le rappel général et réussit à regrouper une force de 1 100 hommes composés de soldats britanniques et de mercenaires allemands, en plus de recevoir l’aide de la milice trifluvienne dirigée par Joseph‑Claude Boucher de Niverville. Durant ce temps, Gauthier ralentit la progression américaine par une randonnée à travers les bois le long de ce qui deviendra la route des Forges.

Lorsque les Américains atteignent finalement Trois-Rivières, ils sont attendus de pied ferme par des combattants bien retranchés aux abords de la Croix Migeon. Le combat s’engage vers 8 heures du matin. Trahis, affaiblis par une épidémie de variole qui sévit depuis quelques jours en leur sein et installés dans une position défavorable, près des terres d’un certain Laframboise dont la localisation fait encore controverse chez les historiens locaux, Thompson et ses hommes subissent durant deux heures un feu continuel tant par du canon et des fusils que par l’artillerie des bâtiments anglais ancrés dans le fleuve. Rapidement, les Américains sont mis en déroute. Durant leur retraite, quelques deux cents officiers, soldats américains et « mauvais sujets canadiens » sont faits prisonniers; Thompson lui-même est capturé. Il restera captif des Britanniques durant quatre ans. Les Américains doivent alors fuir de manière désordonnée comptant près de 300 morts et blessés, tandis que les défenseurs de Trois‑Rivières n’ont qu’une douzaine de blessés. Lorsque Guy Carleton arrive sur les lieux du combat, la bataille est presque terminée. Les Américains s’enfuient dans les bois et sont pourchassés jusqu’au 13 juin suivant par des Abénaquis et des miliciens de Trois-Rivières, malgré un ordre difficile à comprendre de Carleton de les laisser s’échapper.

Que reste-t-il de cette dernière bataille de l’invasion américaine de 1775-1776 qui sonna le glas d’associer le Québec à la Révolution américaine? Après la défaite décisive à Trois‑Rivières, Sullivan et son armée quitte Sorel pour retraiter à Crown Point. Jusqu’en 1783, le reste des combats de la guerre d’Indépendance se font sur le territoire des Treize colonies rebelles. Il y a bien aussi ce procès mal documenté contre deux vétérans américains de l’invasion de 1775-1776 qui, en guise de représailles une décennie plus tard, tentèrent de faire un mauvais parti à la famille d’Antoine Gauthier. De plus, la bataille des Trois‑Rivières du 8 juin 1776 reste commémorée par trois monuments. Mentionnons d’abord celui de la Commission des sites et monuments historiques du Canada installé en 1923 et qui souligne au 981, boul. des Forges, la victoire des troupes anglaises de Simon Fraser sur la colonne américaine du général Thompson. En 1985, la Société nationale des filles de la Révolution américaine dévoile dans le parc Champlain au centre-ville de Trois-Rivières, une plaque en souvenir des soldats américains ayant perdu la vie durant la bataille des Trois‑Rivières. Puis, le 24 juin 1986, un monument de granit est dévoilé à Pointe-du-Lac en rappel d’Antoine Gauthier, le jour même de l’inauguration du parc portant son nom. Enfin, notons que le 4 juillet 2009, lors des fêtes du 375e anniversaire de Trois-Rivières, le consul général américain David Fetter a symboliquement remboursé 130 $ aux religieuses ursulines de Trois-Rivières pour les soins donnés aux blessés américains en 1775-1776 et ayant occasionnés une dette de 26 £, dette que le Congrès américain avait toujours refusé de payer pour ces services…

IMAGES

« Simon Fraser commande les forces britanniques lors de la bataille des Trois‑Rivières »
Gravure de James Watson (vers 1800)
Source : The Miriam and Ira D. Wallach Division of Art, Prints and Photographs: Print Collection, The New York Public Library. « Col. Simon Fraser » dans New York Public Library Digital Collections, https://digitalcollections.nypl.org/items/283543f0-c55e-012f-6b52-58d385a7bc34; (page consultée le 28 janvier 2026)
« Plaque de la Bataille des Trois-Rivières »
Photo : Patrimoine Trois-Rivières : Société de conservation et d’animation du patrimoine (2025)
Source : Québec. Ministère de la Culture et des Communications (2024). « Plaque de la Bataille de Trois-Rivières » dans Répertoire du patrimoine culturel du Québec; https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/detail.do?methode=consulter&id=236087&type=bien; (page consultée le 8 juin 2026)
« Plaque de la Société des Filles de la Révolution américaine commémorant le souvenir des Américains morts durant la bataille des Trois-Rivières en 1776 »
Photo : Fralambert (23 décembre 2011)
Source : Wikimedia Commons; Plaque de la société des Filles de la Révolution américaine.JPG

Par François Droüin; version révisée le 8 juin 2026.

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