27 mars 1987

Le chef patriote Jean-Olivier Chénier est réhabilité


Jean Olivier Chénier
Dessin d’André Jobin (vers 1837-1838)
Source : Bibliothèque et Archives Canada; fonds Jean-Joseph Girouard, 1984-81-21

Le 27 mars 1987, Mgr Jean-Marie Fortier, président de l’Assemblée des évêques du Québec, signe un texte intitulé Cent cinquantième anniversaire de la Révolte de 1837. Il écrit : « Les contrevenants n’ont été ni excommuniés ni frappés de quelque censure ecclésiastique que ce soit ». Cette affirmation vient contredire le fait que, dans l’opinion publique, plusieurs chefs patriotes avaient été excommuniés. Ce qui qui est vrai, c’est qu’en 1837, l’ordinaire du diocèse de Montréal avait interdit d’inhumer dans la portion bénie des cimetières catholiques, les corps de ceux qui étaient morts les armes à la main. Suite aux pressions des descendants des Patriotes, les évêques du Québec jugent que les Patriotes morts au combat peuvent rejoindre les défunts de leur famille puisque « Dieu seul a jugé la valeur de leur vie (les Patriotes) et a su apprécier leur engagement ».

Le décès de Jean-Olivier Chénier survient le 13 décembre 1837, lors de la bataille de Saint-Eustache. Il est inhumé secrètement, dans un drap, trois jours plus tard, dans la partie non-bénie du cimetière de la paroisse réservée aux petits enfants. Son épouse le fait exhumer au printemps 1838 afin de mettre sa dépouille dans un cercueil. Il s’ensuit une période d’acharnement contre les Patriotes par les autorités coloniales britanniques qui n’aura de cesse qu’avec les progrès de la démocratie durant le seconde moitié du XIXe siècle. En 1891, le docteur David Marsil fait exhumer les restes de Chénier afin de les remettre en terre dans le lot commémorant les Patriotes au cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal. À nouveau, malgré la présence de dizaine de milliers de personnes la journée prévue pour l’enterrement, les autorités religieuses de Montréal s’y opposent et le Dr Marsil doit conserver les restes de Chénier chez lui dans une urne aménagée à cet effet.

Son fils Tancrède hérite de l’urne de Chénier. Après quelques tentatives pour commémorer adéquatement la sépulture du chef patriote, et en dépit de l’appui du chanoine Lionel Groulx, l’urne cinéraire est confié à la maison Henry Birks au milieu des années 1920. Elle y est gardée en sécurité dans une voûte jusqu’en 1954 alors que l’urne est transférée à la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal. Elle est conservée dans leur locaux de la rue Saint-Laurent, puis dans ceux de la rue Sherbrooke. Durant les années 1980, l’appui du gouvernement de Réné Lévesque à la cause des Patriotes et les efforts des nombreux sympathisants, dont Claude-Henri Grignon, mène à la réhabilitation religieuse de Chénier. La décision des évêques en mars 1987 permet la réconciliation entre l’Église catholique et les Patriotes morts au combat. Mgr Charles Valois célèbre les funérailles du héros de Saint-Eustache dans l’église paroissiale, lieu de la bataille, le 26 juillet 1987. Ses restes sont ensuite inhumés en terre bénie dans le cimetière de l’endroit. L’urne vide est alors exposée une dizaine d’année au Musée de la Civilisation à Québec pour revenir finalement à la mairie de Saint-Eustache en 2001.

IMAGES

Inhumation de Jean-Olivier Chénier en terre bénite le 26 juillet 1987
Photographie : Germain Beauchamp (1987)
Source : Collection Fêtes du 150e anniversaire des Patriotes
« Urne cinéraire vide de Jean-Olivier Chénier »
Photo : Gilles Laporte (vers 2001)
Source : Jean‑Benoit Livernois, « 100 000 personnes attendent un patriote à Montréal en 1837 » dans Société Saint‑Jean‑Baptiste de Montréal, https://ssjb.com/1837-100-000-personnes-attendent-un-patriote-a-montreal/; (page consultée le 27 mars 2025)

Par François Droüin; version révisée le 26 mars 2025.

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