23 juin 1971

Rejet de la Charte de Victoria

« Pierre Elliott Trudeau et Robert Bourassa lors de la conférence fédérale-provinciale »

Photo anonyme (1971)

Source : bilan.usherbrooke.ca

     Le 14 juin 1971, une conférence fédérale-provinciale sur la constitution débute à Victoria en Colombie-Britannique. Après trois jours de négociations, le gouvernement fédéral et les provinces rédigent une nouvelle charte constitutionnelle qu’ils doivent soumettre à leurs législatures. La délégation du Québec dirigée par le premier ministre Robert Bourassa est isolée alors que les autres participants refusent de lui accorder la primauté en matière sociale.

     Le 23 juin suivant, Robert Bourassa annonce que le Québec rejette la Charte constitutionnelle de Victoria. Dans sa déclaration devant l’Assemblée nationale du Québec, le premier ministre explique pourquoi son gouvernement ne peut faire une recommandation positive pour accepter ce projet d’amendement constitutionnel : « Ainsi les textes traitant de la sécurité du revenu laissent subsister une incertitude qui cadre mal avec les objectifs inhérents à toute idée de révision constitutionnelle. Si cette incertitude était éliminée, notre conclusion pourrait être différente ».

     La décision du Québec crée la stupeur au Canada anglais. Pierre E. Trudeau, premier ministre du Canada, ne mâche pas ses mots pour dénigrer le refus du Québec. Pourtant, cette position du gouvernement Bourassa fait consensus dans la population québécoise. Éditorialiste au Devoir, Claude Ryan explique : « Quant à M. Trudeau, il continue de voir ces choses dans une perspective étrangement manichéenne : les bons d’un côté, les méchants de l’autre. Trahissant inconsciemment le peu de respect qu’il semble avoir au fond pour M. Bourassa, il a insinué que la décision de mercredi était attribuable non pas aux convictions de celui-ci mais au pouvoir de quelques éléments sommes toute assez minables. Ceux que M. Trudeau visait lui sauront gré de cette nouvelle marque d’attention. Ce qui demeure un drame chez cet homme, c’est son refus obstiné de percevoir, par-delà un développement qui le blesse, l’expression de la volonté d’un peuple ».

Par François Droüin; version révisée le 22 juin 2018.

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