7 juillet 1620

Arrivée d’Hélène Boullé à Québec

Madame Champlain enseignant aux enfants indiens, 1620

Reproduction d’une huile sur toile d’Adam Sheriff Scott (v. 1931)

Source : Bibliothèque et Archives Canada

L’épouse de Samuel de Champlain, Hélène Boullé, arrive à Québec le 7 juillet 1620. Elle est mariée à Champlain depuis 1610. Ce dernier est beaucoup plus âgé qu’elle : Hélène a douze ans et Samuel en a plus de trente ans. Il s’agit d’un mariage d’intérêt permettant à Champlain d’avoir un meilleur accès à la cour, Nicolas Boullé, le père d’Hélène étant secrétaire de la Chambre du roi. Puisqu’elle n’est pas nubile, le contrat de mariage précise que les époux doivent attendre deux ans avant de cohabiter. Née de parents calvinistes, Hélène se convertit au catholicisme vers 1612. Huit ans plus tard, elle choisit d’accompagner son mari en Nouvelle-France.

Après la traversée de l’Atlantique, à Tadoussac, la voyageuse rencontre son frère Eustache qui est dans la colonie depuis deux ans et à qui Champlain confie plusieurs missions de confiance dont la garde du fort Saint-Louis sur la pointe du cap aux Diamants. Souvent seule en raison des obligations de commandant de son époux, madame de Champlain fréquente peu les autres femmes de Québec. Ses relations avec Marie Rollet, épouse de Louis Hébert, restent très limitées. Hélène Boullé préfère socialiser avec les Amérindiens qui admirent la beauté de ses traits, de ses habits ainsi que son miroir, souvent suspendu à sa ceinture…Elle étudie même la langue algonquine suffisamment pour enseigner le catéchisme aux jeunes des Premières Nations. C’est toutefois dans la toponymie qu’on retrouve le principal legs d’Hélène Boullé au Québec. En effet, en 1611, Samuel de Champlain nomme Saincte Elaine une île de 3 km de longueur au sud de Montréal, fort probablement en l’honneur de sa jeune épouse. C’est la fameuse île Sainte-Hélène qui accueillera l’Expo 67. De plus, depuis 1921, le canton Boullé dans le nord de Lanaudière commémore le souvenir d’Hélène Boullé.

En 1624, après quatre ans passés à Québec, Hélène repasse définitivement en France et retourne habiter avec ses parents, rue d’Anjou à Paris. Épouse fidèle, elle veille aux intérêts de Champlain, notamment dans une poursuite contre Guillaume de Caën en 1627 qu’elle somma de payer des émoluments à son époux. Après la mort de son époux le 25 décembre 1635, Hélène Boullé vit une triste période de veuvage. La nouvelle du décès du fondateur de Québec lui parvient en août 1636. Trois mois plus tard, elle reçoit son testament dont l’exécution donne lieu à une série de contestations judiciaires qui se termine à l’automne 1639. En effet, la succession de Champlain est complexe : ses biens en Canada sont donnés à la Vierge sous le vocable de Notre-Dame-de-Recouvrance tandis que ses biens en France sont donnés sous conditions. Cette affaire reste compliquée et sujette à plusieurs interprétations; elle peut être approfondie par la lecture des articles de Robert Le Blant en 1963 et 1964 et par celui de Lucien Campeau en 1979. Il suffit de mentionner ici que Madame de Champlain était ennemie de la chicane et qu’elle abandonna ses droits acquis par contrat de mariage.

Elle réalise ensuite son désir souvent formulé de devenir une ursuline en entrant au monastère de Sainte-Ursule à Paris le 7 novembre 1645. Elle prend le voile blanc sous le nom de sœur Hélène de Saint-Augustin. D’abord bienfaitrice, puis novice, elle quitte Paris pour aller fonder le monastère des ursulines de Meaux. Selon sa biographe, sœur Marie-Emmanuel Chabot, Hélène aurait trouvé le joug pesant en raison de son âge et de ses habitudes de vie indépendante. Mère de Saint-Augustin fait donc profession à Meaux le 4 août 1648 et devient la supérieure du monastère. Les Chroniques de l’ordre rapporte qu’elle eut à subir de lourdes épreuves, souvent incompatibles avec son tempérament vif. Hélène Boullé décède en odeur de sainteté le 20 décembre 1654 à l’âge de 56 ans.

Par François Droüin; version révisée le 3 juillet 2020.

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