4 mai 1971

Drame à Saint-Jean-Vianney

« Au total, 31 personnes ont perdu la vie et 42 maisons ont été englouties dans la boue, lors du glissement de terrain survenu à Saint-Jean-Vianney, aux alentours de 23 h, le 4 mai 1971, /…/ »

Photo : Marc Ellefsen (1971)

Source : Société historique du Saguenay/Le Quotidien

     Le 4 mai 1971, les amateurs de hockey sont rivés devant leur petit écran. La finale de la Coupe Stanley débute. Les Canadiens de Montréal sont à Chicago pour y affronter les Black Hawks. Le match est chaudement disputé. En troisième période, Bobby Hull égalise la marque et la partie va aller en prolongation. À Saint-Jean-Vianney, plusieurs partisans sont toujours debout, dans l’attente du but gagnant. Cette veille va sauver la vie de plus d’un. Vers 22 h 50, l‘électricité est soudainement coupée. Des bruits d’explosion retentissent. Des vibrations secouent les maisons et les premiers cris d’horreur et de détresse se font entendre. Les résidants se précipitent à l’extérieur pour comprendre ce qui se passe. C’est la panique : une dizaine de maison sont englouties dans la boue et la catastrophe se poursuit.

     La tragédie se préparait depuis des centaines d’années. Elle est provoquée par les eaux d’infiltration qui mine la cohésion de l’argile. Au matin du 5 mai, l’ampleur du cauchemar frappe de plein fouet : une quarantaine de maisons ont disparu et une trentaine de personnes manquent à l’appel. La nouvelle choque le Québec tout entier et fait le tour du monde. Rapidement, l’aide est donnée aux sinistrés qui devront être relocalisés. En 48 heures, 1 342 personnes, soit environ 250 familles, sont transportés au Centre commémoratif Price de Kénogami. Le bilan est lourd. Même si la plupart des corps n’ont pas été retrouvés, des funérailles communes se déroulent le 11 mai suivant pour les 31 victimes. Le 15 mai seulement cinq dépouilles ont été trouvées. Quelques autres cadavres seront retrouvés dans les mois qui suivent mais la majorité des morts resteront introuvables.

     Ce lourd bilan incite les habitants de Saint-Jean-Vianney à quitter les lieux. La disparition du pont et la présence d’un immense cratère de 32 hectares forcent la fermeture du village et le déplacement de toute une population. Le 27 mai 1971, après avoir pris connaissance d’avis de géologues, la décision est prise par le Conseil des ministres à Québec de relocaliser les habitants à Arvida. Cette décision rejoint une volonté de l’Association des propriétaires et des locataires de Saint-Jean-Vianney dont les trois quarts des membres avaient fait cette demande au gouvernement. Une vingtaine de familles irréductibles tentent de rester mais doivent finalement partir en juillet 1971. Le dernier à quitter est le curé Égide Boulianne à l’été 1972.

Par François Droüin, version révisée le 5 mai 2019.

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