22 juillet 1920

Blanche Garneau disparaît

« Pierre tombale de Blanche Garneau au cimetière Saint-Charles à Québec »

Photo : Ericveillette (2015)

Source : Wikimedia Commons

Le 22 juillet 1920, en soirée, Blanche Garneau et son ami Edesse May Boucher marchent ensemble à la Basse-Ville de Québec. Blanche a 21 ans. Elle vient de terminer sa journée de travail dans une boutique de thé de la rue Saint-Vallier. Blanche travaille chez le commerçant Jean Benjamin Rousseau, peut-être afin d’accumuler la dot nécessaire pour réaliser son rêve de devenir religieuse, comme certains l’ont prétendu. Edesse May travaille aussi dans ce quartier, dans un commerce de la rue Saint-Joseph. Elle et Blanche font le trajet ensemble régulièrement pour retourner chacune à leur domicile respectif. Leur route se sépare au bout de la rue Saint-Ambroise car Blanche doit traverser le parc Victoria pour se rendre chez elle, rue François 1er dans Stadaconna. La fille adoptive du sieur Michel Baribeau et d’Emelie Sanfaçon ne sera pas revue vivante.

Ses parents ne s’inquiètent pas immédiatement de son absence puisque Blanche avait mentionné qu’elle irait peut-être aider sa tante à tapisser son logement. Dès le lendemain, la famille de Blanche constate qu’elle n’est finalement pas rentrée la veille. La mère de Blanche se rend au magasin de thé que sa fille adoptive devait ouvrir ce matin-là : pas de trace de la jeune femme. Sans nouvelles, leur inquiétude augmente après quelques jours d’absence. Le 26 juillet, en soirée, le charpentier Baribeau signale la disparition de sa fille directement au capitaine Émile Trudel, chef de la police. Des recherches s’amorcent pour retrouver la disparue. Le 28 juillet suivant, vers 19 h 30, le jeune Albert Latulippe découvre le cadavre de Blanche alors qu’il cueille des petits fruits, à 150 pieds de la ligne de tramway de la Quebec Railway, tout près du parc Victoria et de la rivière Saint-Charles. L’autopsie, pratiquée par le docteur Albert Marois démontre qu’elle a été violée et étranglée. Certains diront qu’elle fut lâchement assassinée en défendant sa vertu…

L’enquête débute mais progresse lentement. La presse se questionne sur la volonté du gouvernement de trouver rapidement les coupables. Au-delà de la simple négligence, des rumeurs se répandent que le premier ministre et procureur général du Québec, Louis-Alexandre Taschereau, fait traîner les procédures pour protéger des membres de son entourage. Ces accusations publiées dans les journaux poussent ensuite Taschereau à demander justice. Après procès et jugement en sa faveur, Le Devoir et le Chronicle doivent lui verser une compensation financière. La controverse remue toute la classe politique à Québec. Armand La Vergne, avocat nationaliste et adversaire politique de Taschereau, répand lui aussi toutes sortes de rumeurs de corruption autour de Taschereau, peut-être pour détourner l’attention du public de son client, Raoul Binette, un bûcheron accusé en compagnie de Fred William Palmer du meurtre de Blanche Garneau, pour être ensuite relaxé.

Deux ans plus tard, The Axe, relance la polémique. Le journal dirigé par John H. Roberts offre 5 000 $ pour toute information permettant de résoudre ce crime. Roberts va plus loin et écrit qu’il soupçonne des proches de certains élus d’être impliqués. Il est alors accusé de libelle diffamatoire envers la Législature. Il est cité à comparaître devant l’Assemblée législative du Québec qui le condamne pour offense à la dignité de ses membres. Roberts est ensuite incarcéré un an pour atteinte aux droits des parlementaires. Mais les rumeurs reprennent et impliquent même le fils du premier ministre. Pour faire la lumière sur ces allégations, le gouvernement Taschereau institue le 10 novembre 1922 la Commission royale d’enquête sur l’administration de la justice en ce qui regarde l’affaire du meurtre de Blanche Garneau. La Commission a comme mandat de faire la lumière sur les allégations de cover-up. La Commission conclut que tous les efforts possibles ont été faits pour trouver les meurtriers et que les rumeurs impliquant l’entourage de députés sont non fondées. Les fils des députés Martin Madden et Charles-Abraham Paquet, longtemps au centre de la tourmente des soupçons, sont alors blanchis de toutes les rumeurs les concernant relativement à leur implication dans ce meurtre crapuleux. Le scandale politique est étouffé mais le meurtre de Blanche Garneau demeure toujours une affaire non résolue…

Par François Droüin, version révisée le 19 juillet 2020.

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