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Manifestation des Canadiens contre le gouvernement anglais, à Saint-Charles, en 1837

Photo anonyme d’une huile sur toile de Charles Alexander Smith datant de 1890 et conservée au Musée des beaux-arts du Canada (s.d.)

Source : Wikimedia Commons

     La démocratie parlementaire apparaît dans la vallée du Saint-Laurent après 1791. La Chambre d’assemblée du Bas-Canada est le lieu où une première génération de députés canadiens font l’apprentissage des institutions démocratiques. Toutefois, le contexte reste celui d’une colonie et ce système montre rapidement ses limites. L’affrontement se développe entre le gouverneur et la majorité élue, le Parti patriote dirigé par Louis-Joseph Papineau.  La principale pierre d’achoppement est la question des subsides.  En 1834, l’assemblée du Bas-Canada adopte 92 résolutions pour demander une réforme en profondeur de l’administration coloniale.

     Au printemps 1837, une fin de non-recevoir aux 92 résolutions est exprimée par John Russell, le secrétaire des colonies du Royaume-Uni.  Il présente au parlement de Londres dix résolutions qui rejettent les réformes demandées par les Patriotes. Des assemblées publiques sont alors convoquées un peu partout au Bas-Canada.  L’opinion publique se radicalise.  Le 23 octobre 1837, une gigantesque assemblée publique à lieu à Saint-Charles dans la vallée du Richelieu.  C’est l’Assemblée des Six-Comtés.

     Près de 5 000 personnes assistent aux discussions qui se prolongent sur deux jours. Le docteur Wolfred Nelson préside aux débats. Le premier jour, plusieurs personnalités prononcent des discours. Treize résolutions sont également passées au vote.  Elles dénoncent le gouvernement colonial et appelle le peuple à prendre en main ses destinées. Le lendemain, un comité est formé pour rédiger une adresse à la population du Bas-Canada et préparer un projet de constitution.

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Banquet de fondation, 24 juin 1834Détail d’une huile sur toile deJoseph Charles Franchère (1909)Source : SSJB-Montréal

     Ludger Duvernay, George-Étienne Cartier et Louis-Victor Sicotte fondent au printemps 1834 la société secrète Aide-toi et le ciel t’aidera.  Cette organisation politique est le creuset où Duvernay a l’idée de faire de la fête de saint Jean-Baptiste une célébration pour unir la population du Bas-Canada et créer un sentiment de fierté de leurs origines. Il récupère ainsi l’ancestrale fête païenne du solstice d’été. Le Canadien publie un article le 27 juin 1834 qui explique le choix de saint Jean-Baptiste : «Il y a longtemps qu’on donne au peuple l’appellation de Jean-Baptiste, comme on donne à nos voisins celui de Jonathan, aux Anglais celui de John Bull et aux Irlandais celui de Patrick. Nous ignorons qui a pu donner lieu à ce surnom des Canadiens, mais nous ne devons pas le répudier, non plus que la patronisation (sic) que viennent d’établir nos amis de Montréal».

     Le 24 juin 1834, un banquet réunissant plusieurs des élites du Bas-Canada est organisé par ces patriotes à Montréal. Les participants veulent y fêter l’existence de leur nation. Vingt-cinq toasts sont alors portés par la soixantaine d’invités. Ludger Duvernay propose le premier : «en l’honneur du peuple, source de toute autorité légitime».

     Le banquet a lieu dans les jardins de la propriété de John McDonnell, site de la futur gare Windsor. Plusieurs patriotes célèbres y participent dont Jacques Viger, Louis-Hippolyte LaFontaine, Thomas Brown, Édouard Rodier, George-Étienne Cartier et Edmund O’Callaghan. La fête est un grand succès. L’année suivante, les célébrations se répandent dans le Bas-Canada et sont à l’origine de la Fête nationale du Québec.

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Manifestation des Canadiens contre le gouvernement anglais, à Saint-Charles, en 1837Photo anonyme d’une huile sur toile de Charles Alexander Smith datant de 1890 (s.d.)Source : MNBAQ

     En 1937, des citoyens de Saint-Denis-sur-Richelieu organisent des célébrations pour commémorer le centenaire de la lutte des Patriotes en 1837-1838. Les fêtes se déroulent un peu partout au Québec. Les revendications des Patriotes pour la liberté, la démocratie et la reconnaissance de leur identité nationale sont au coeur des célébrations. Il faut cependant attendre 1962, lors du 125e anniversaire de la bataille de Saint-Denis, pour que la tradition d’une commémoration annuelle des Patriotes débute. La fête a alors lieu en novembre.

     Le 6 octobre 1982, le gouvernement du Québec décrète comme «Journée des Patriotes», le dimanche le plus proche du 23 novembre, en souvenir de la victoire patriote à Saint-Denis. Cette commémoration ne satisfait pas l’opinion publique. La création d’un nouveau congé ou la modification d’un jour férié existant sont réclamées pour témoigner de l’importance historique du mouvement patriote. En 1994, la Chambre des communes à Ottawa reconnaît officiellement la contribution des Patriotes à l’établissement de la démocratie au Canada.

     Le 20 novembre 2002, le gouvernement québécois modifie la «Journée des Patriotes». Afin de rappeler que les assemblées publiques débutèrent au Bas-Canada en mai 1837, la fête de novembre est déplacée vers le mois de mai. Le décret 1322-2002 proclame que dorénavant la «Journée nationale des Patriotes» coïncide avec le lundi précédant immédiatement le 25 mai de chaque année. Ce jour est férié et met un terme à l’ambiguïté qui existait auparavant au Québec quant à la pertinence de commémorer la date de naissance de la reine Victoria du Royaume-Uni ou celle du décès d’Adam Dollard des Ormeaux. Le 19 mai 2003, la «Journée nationale des Patriotes» est célébrée pour la première fois.

Pour en savoir plus : LaFontaine et son temps, Monument Louis-Joseph Papineau

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