Archive pour la ‘Nouvelle-France’ Catégorie

Blason de la commune de La Rochelle, Charente-Maritime, France Illustation : Yann Gwilhoù, Moktoipas & Syryatsu (2008) Source : Wikimedia Commons

 

 

     Jean Fonteneau est un personnage méconnu. Né en 1484 en Saintonge, il amorce sa carrière de marin à l’âge de 12 ans. Encore jeune, quelques années plus tard, il épouse Valentine Alfonse, une portugaise. On le surnomme alors Jean Alfonse, et c’est sous ce nom que sa renommée de navigateur se répand avec des voyages commerciaux dans la Baltique, dans la Méditerranée, le long des côtes de l’Afrique, dans l’océan Indien, dans la mer de Chine et le long de la côte est de l’Amérique du Nord, de la Nouvelle-Écosse aux Antilles. Il a la réputation de ne jamais perdre un navire. Ceci lui vaut d’être nommé capitaine pilote du roi François Iᵉʳ afin de conduire une expédition vers le Canada.

     Le 16 avril 1542, trois navires quittent La Rochelle sous la gouverne de Fonteneau dit Alfonse.  Le marin a été recruté par Jean-François de La Rocque de Roberval qui espère établir une colonie et faire fortune au Canada. Roberval a été nommé lieutenant-général du Canada un an plus tôt. La traversée est rapide, mais elle est aussi marquée par une véritable aventure romanesque.  Marguerite La Roque, cousine de Roberval, fait partie de l’équipage au départ de La Rochelle. Son comportement scandalise Roberval qui l’abandonne sur une île du Saint-Laurent avec son amant dont l’Histoire n’a pas gardé le nom et sa servante Damienne.  Marguerite aura un enfant sur l’île mais il décédera tout comme l’amant et la servante.  Elle va vivre plusieurs années seule sur l’île avant d’être rescapée par les Basques. Son aventure est ensuite racontée  par la reine Marguerite de Navarre dans L’Heptaméron et par André Thévet dans sa Cosmographie.

     L’historien Bernard Allaire a étudié le projet de colonisation de Roberval, son déroulement et son échec. Cette tentative de s’établir à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge, dans une colonie que Roberval nomme France-Roy, s’inscrit dans la mouvance de la «rumeur dorée». Cette rumeur se répand au XVIᵉ siècle en Europe : elle veut que le Nouveau Monde regorge de métaux précieux et qu’une voie traverse l’Amérique pour atteindre facilement la mer de l’Ouest et les richesses de l’Asie. L’établissement du cap Rouge est aussi le moment de tester l’efficacité d’une colonie pénitentiaire composée de prisonniers fortunés et rompus à plusieurs métiers. À Cap-Rouge, finalement, le bilan de Roberval est positif. Il maintient l’ordre sans mutinerie, confirme l’existence de métaux et rationalise la possibilité de se rendre rapidement en Asie par une exploration de l’intérieur jusqu’à Hochelaga.

La traversée et le séjour en Amérique de militaires, de colons et de prisonniers, au total plusieurs centaines, s’effectuent sans naufrage et mutinerie; l’ordre est maintenu. La rumeur fait place à la certitude quant aux pierres et métaux découverts. Elle ouvre la porte à plus de réalisme quant à l’atteinte rapide et facile de l’Asie à partir d’Hochelaga. L’expédition de Roberval au site du cap Rouge et l’exploration de l’intérieur jusqu’à Hochelaga constituent enfin une expérience d’acclimatation et de prise de possession de territoire qui facilitera l’enracinement à compter du 17e siècle.

 

 

Code noirReproduction de la page frontispice de ce recueil réédité à Paris chez les Libraires associés en 1743 (s.d.)Source : Wikimedia Commons

     L’esclavage noir existe en Nouvelle-France. Il est combiné à l’esclavage d’Amérindiens. Cette pratique est fréquente en Louisiane dès le XVIIᵉ siècle. Le Code noir sur l’esclavage en Louisiane est publié dès 1685. Le 13 avril 1709, l’intendant Jacques Raudot légalise cette pratique en Nouvelle-France par une «Ordonnance rendüe au sujet des neigres et des sauvages nommez Panis».

     En agissant ainsi, Raudot régularise une pratique présente dans la colonie. Le terme «Panis» est trompeur car il ne réfère pas véritablement à une nation particulière comme, par exemple, les Pawnees du Missouri. L’expression est plutôt synonyme d’esclaves amérindiens, toute origine ethnique confondue.

Esclave des Indiens Renards ou esclave NépissinguéReproduction d’une estampe anonyme, vers 1732 (s.d.)Source : BNF

     L’historien Marcel Trudel a fouillé la question de l’esclavage en Nouvelle-France dès 1960. Malgré cela, le sujet reste tabou dans les cours d’histoire au Québec. Pourtant, les sources sont claires : l’esclavage est pratiqué et accepté en Nouvelle-France. L’esclavage n’a toutefois pas la même ampleur que dans certaines colonies américaines. Il reste néanmoins un rouage de l’économie coloniale. La valeur des esclaves est d’ailleurs connue : règle générale, un esclave «noir» vaut deux esclaves «rouges».

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Frontenac en route pour CataracouiReproduction d’une aquarelle de John Henry de Rinzy (v. 1897-1930)Source : BAC

     Le 7 avril 1672, Louis de Buade, comte de Frontenac et de Palluau devient gouverneur de la Nouvelle-France pour la première fois. Il quitte La Rochelle à destination de Québec à la fin de juin. Son mandat de gouverneur lui donne le pouvoir de mener les affaires militaires et diplomatiques dans la colonie. Frontenac constate rapidement les possibilités économiques de développement du commerce des fourrures. Son premier gouvernement est d’ailleurs marqué par la découverte de la route vers le Mississippi.

     Dès 1674, il fait construire un fort à la tête du lac Ontario, près de l’embouchure de la rivière Cataracoui. Le fort Frontenac devient une importante tête de pont pour la traite des pelleteries. De plus, le gouverneur s’assure de bonnes relations avec les Autochtones, facilitant ainsi la traite. Malheureusement, les actions de Frontenac dans ce domaine portent ombrage à plusieurs intérêts.

     En fait, le premier mandat de Frontenac est caractérisé par une expansion du territoire de la Nouvelle-France. Le gouverneur charge aussi René-Robert Cavelier de La Salle d’explorer le lac Michigan et de poursuivre la recherche de l’embouchure du Mississippi. Ce travail où se mêle ses intérêts personnels dans le commerce des fourrurres le met en conflit avec les marchands de Montréal et mène à son rappel en 1682.

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