Archive pour la ‘Nouvelle-France’ Catégorie

«Vue de la maison de l’évêque et des ruines, à partir de la côte à gravir pour passer de la basse-ville à la haute-ville»Reproduction d’un dessin de Richard Short fait en 1760 et gravé en 1761 (s.d.)Source : BAC

 

 

    Le montréalais  Jean-Baptiste-Nicolas-Roch de Ramezay est lieutenant du roi en 1759. Au début du siège de Québec, il est responsable de la défense de la Haute-Ville. Il a sous ses ordres 700 soldats, quelques canonniers et des miliciens issus de la bourgeoisie locale. Malade, il doit être hospitalisé à l’Hôpital Général de Québec au milieu d’août. C’est là qu’il se trouve lorsque la bataille des plaines d’Abraham a lieu le 13 septembre. Après la défaite française, le marquis Louis-Joseph de Montcalm mourant, Ramezay revient dans la ville pour prendre le commandement des troupes françaises. Il participe au conseil de guerre le 13 au soir. La retraite de l’armée française vers le fort Jacques-Cartier est voté mais Ramezay reçoit l’ordre de tenir la ville aussi longtemps que possible sans avoir à soutenir une attaque.

     Le lendemain Ramezay passe ses troupes en revue : il dispose de 2 200 hommes et de rations pour environ huit jours. Il reçoit le 15 septembre une «Requeste des Bourgeois de Québec» lui demandant de capituler honorablement pour éviter de nouveaux bombardements sur la ville. Il convoque un nouveau conseil de guerre avec les officiers restés à Québec. Treize sur quatorze se prononcent en faveur de la capitulation. Vers 15 heures, le 17 septembre 1759, Ramezay fait hisser le drapeau blanc et négocie les termes de la capitulation avec l’amiral Charles Saunders et le général George Townshend. À 23 heures, Ramezay accepte la capitulation de Québec, ne tenant pas compte d’un nouvel ordre qu’il reçoit du gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnal qui l’enjoint de tenir bon à Québec jusqu’à l’arrivée des renforts.

    La capitulation de Québec continent onze articles. Les deux premiers articles stipulent que la garnison française reçoit les honneurs de la guerre et que les habitants de Québec peuvent conserver leurs maisons. D’autres articles précisent que le pardon est accordé aux miliciens, que les maisons vacantes ne doivent pas être pillées, que les habitants de Québec ne seront pas déportés et que le catholicisme sera toléré. On trouve aussi des articles sur l’inventaire des armes, sur les blessés et sur les modalités de la reddition. Le 18 septembre 1759, au matin, la capitulation de Québec est signée.

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Louis-Joseph, Marquis de MontcalmPhoto anonyme de la copie d’une huile sur toile datant d’environ 1871 et conservée par la famille Montcalm (s.d.)Source : BAC

 

     La bataille des plaines d’Abraham est tragique pour les deux généraux adversaires. James Wolfe meurt au combat, frappé de deux balles en pleine poitrine. Louis-Joseph de Montcalm trépasse le lendemain de la bataille, le 14 septembre 1759. Des détails sur les derniers moments de sa vie sont parvenus jusqu’à nous. Blessé, le marquis rentre à Québec sur son cheval noir, soutenu par trois de ses officiers. Il tente de se faire rassurant en déclarant aux femmes qui peinent à le voir en si piteux état : «Ne vous affligez pas pour moi!». Il est conduit à la maison du chirurgien André Arnoux. Ce dernier est absent et c’est son frère qui panse les blessures du chef de l’armée française. Informé de son décès imminent, Montcalm se prépare à mourir en mettant de l’ordre dans ses affaires et en recevant les derniers sacrements.

     Le décès de Montcalm est peu glorieux.  Il réalise peut-être la devise de son blason familial : «La guerre est le tombeau des Montcalm» ; toutefois, les circonstances sont moins intéressantes. Ses décisions sur le champ de bataille à Québec sont critiquées par plus d’un. L’historien William John Eccles, biographe de Montcalm, écrit : «L’ennemi virtuellement à sa merci, Montcalm choisit la seule ligne de conduite qui lui garantissait la défaite. Il décida d’attaquer sur-le-champ avec les troupes qu’il avait sous la main, sans attendre que Bougainville le rejoigne avec ses hommes». Après la défaite, la retraite vers Québec est désordonnée.  Tout juste avant de franchir la porte Saint-Louis, Montcalm est atteint mortellement. Il décède le lendemain matin, à l’aube, son armée vaincue et ses officiers abandonnant la capitale.

     Ses funérailles ont lieu le jour même du décès. Quelques planches sont assemblées à la hâte pour lui servir de cercueil et il est inhumé dans un cratère d’obus, sous la chapelle des ursulines. Louis XV et ses ministres ne le tiennent pas responsable de la capitulation, probablement pour sauver l’honneur de l’armée française. En 1828, un monument à sa mémoire et à celle de Wolfe est érigé dans les jardins du gouverneur, à la Haute-Ville de Québec. En 1859, cent ans après sa mort, une importante cérémonie religieuse a lieu dans la chapelle des Ursulines pour rappeler le souvenir du marquis de Montcalm. Par la suite, l’interprétation de son rôle à Québec est l’affaire des historiens. En 2001, les restes de Montcalm sont transférés dans un mausolée au cimetière de l’Hôpital-Général de Québec dans le cadre de l’inauguration du mémorial de la guerre de Sept Ans.

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«Le fort Cartier-Roberval»Reproduction d’une illustration parue en 1984 dans Fernand Braudel, dir., Le monde de Jacques Cartier (s.d.)Source : http://shcr.qc.ca/chronique.php?no=4

 

     L’aventure de Jean-François de La Roque de Roberval au Canada a été de courte durée. Nommé lieutenant général de la colonie en 1541, il quitte la France avec trois navires à destination de la vallée du Saint-Laurent en 1542. Jacques Cartier l’a devancé l’année précédente. L’expédition de Roberval rencontre celle de Cartier à Saint-Jean, sur l’île de Terre-Neuve. Cartier est alors sur son retour et il refuse les ordres de Roberval de poursuivre la mission en Canada. Cette rebuffade prive l’entreprise de la moitié de ses ressources.

     Roberval remonte ensuite le fleuve et arrive au Cap-Rouge à la fin de juillet 1542. Il s’empresse de consolider et de rebâtir les deux forts érigés par Cartier à cet endroit. Le lieu est renommé France-Roy.  Roberval décrit ainsi son établissement, tel que le rapporte la Société historique du Cap-Rouge : «un fort très beau à voir, donnant une impression de grande solidité…comprenant deux corps de logis, une grosse tour et un bâtiment de 40 à 50 pieds de long. Diverses pièces divisent ce bâtiment, qui est muni d’un four, d’un poêle et de moulins. Il y a un puits devant l’habitation. Au pied de cette hauteur, on trouve une autre habitation, dont une partie était constituée d’une tour de deux étages et de deux corps de logis».

     Mais cette tentative d’implantation est un échec. Les vivres manquent dès le premier hiver et un régime doit être imposé à chacun. Une cinquantaine de personnes sont emportées par le scorbut. Roberval avait déjà demandé du secours supplémentaire pour son projet dès 1642. Le 26 janvier 1543, François Iᵉᴿ donne ordre à l’émissaire de Roberval de mettre fin à cette tentative de colonisation. Cet ordre s’explique par l’entrée en guerre de la France contre l’Angleterre et l’Espagne. Le 11 septembre 1543 est la date admise du retour de Roberval en France puisqu’il signe à ce moment une procuration pour désarmer des navires se trouvant à La Rochelle.

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