Archive pour la ‘Le Québec contemporain’ Catégorie

«Estelle Iᵉᴿᵉ, reine du carnaval»Photo anonyme (1955)Source : http://www.lessignets.com/signetsdiane/calendrier/fev/5.htm

     La première parade du Carnaval de Québec se déroule le 5 février 1955 dans les rues de la Basse-Ville. Ce défilé de nuit est composé de 26 chars allégoriques, de fanfares et de festivaliers issus de plusieurs associations et groupes de la région québécoise. Les chars mettent en scène le folklore et les légendes canadiennes-françaises. On retrouve ainsi, parmi les thèmes retenus : «Meunier tu dors, La Fée des glaces, Au Clair de la lune, La Chasse-galerie, J’ai du bon tabac, Le Vaisseau fantôme, C’est la mère Michèle, Les sorciers de l’île, etc.,etc.». Le Bonhomme Carnaval ouvre la marche tandis que le défilé est fermé par les décapotables des princesses et le carrosse de la reine Estelle Iᵉᴿᵉ. Un feu d’artifice termine le tout.

     Cette parade est un des moments forts de la première édition du Carnaval de Québec. L’événement a une programmation relevée : courses de chiens de traîneaux, course en canots sur le Saint-Laurent et compétitions sportives dans des disciplines aussi variées que le curling, le hockey ou la raquette. La parade est reprise deux semaines plus tard à la Haute-Ville. Plus de 200 000 personnes assistent à ce spectacle alors que 150 000 personnes avaient participé au premier défilé. Ce grand succès est repris dès l’année suivante alors que le Carnaval de Québec s’impose comme une festivité annuelle.

     L’intérêt patrimonial des défilés du Carnaval est indéniable. La parade fait partie des festivités hivernales au Québec depuis la fin du XIXᵉ siècle. Cette forme d’expression implique des milliers de participants tant pour la procession que pour la préparation. Daniel Bouchard dans l’Inventaire des ressources ethnologiques du patrimoine immatériel décrit ici l’ambiance des défilés de nuit du Carnaval de Québec : «Plusieurs figurants, amuseurs ou musiciens sont costumés et brandissent des accessoires colorés, arborant l’image du Carnaval ou encore bruyants comme des trompettes du Carnaval. Par ailleurs, nombreux carnavaleux possèdent aussi une trompette, ce qui contribue à l’atmosphère carnavalesque».

#######

Photo anonyme datant de 1944 publiée dans Robert Comeau et Lucille Beaudry, André Laurendeau. Un intellectuel d’ici : Montréal, Les Presses de l’Université du Québec, 1990Source : Les Classiques de sciences sociales, http://classiques.uqac.ca/contemporains/comeau_robert/andre_laurendeau/photographies/photo_06.html

    Le 4 février 1944, durant le congrès du Bloc populaire canadien, Maxime Raymond, le chef du parti, délègue ses pouvoirs au Québec à André Laurendeau qui en devient le chef au niveau provincial. Ce nouveau parti avait été fondé en 1942 par un groupe d’opposants à la conscription. Dès le mois d’août 1944, Laurendeau est élu député dans Montréal-Laurier avec trois autres représentants du Bloc populaire. Laurendeau est un nationaliste militant : directeur de L’Action nationale de 1937 jusqu’à sa démission en 1943, il devient secrétaire du Bloc populaire cette même année. Sa nomination s’inscrit en continuité de son implication dans le parti.

     Chef, Laurendeau déclare que le programme du Bloc est fondé sur la défense de l’autonomie provinciale. Son manifeste est publié dans Le Devoir le 7 février 1944. Ce texte contient un «appel à l’union» : «Le Bloc populaire canadien a été fondé, non pas pour diviser, mais pour unir tous les véritables Canadiens français du Québec et des autres provinces. Sa politique, comme l’a proclamé son chef, est procanadienne à Ottawa et procanadienne-française à Québec sans aucunement léser les droits des autres groupes de la population».

     L’engagement politique de cet intellectuel surprend : frêle et sans charisme, Laurendeau aboutit au Bloc populaire en raison de son succès à la Ligue de défense du Canada et de son manifeste anti-conscription. Mais Laurendeau est déçu de ce qu’il découvre comme chef d’un tiers parti.  Paul-André Comeau rapporte ainsi sa participation au Bloc : «Cette découverte de la vie politique «provinciale» va rapidement enlever à Laurendeau ses dernières illusions en la matière. Il prend rapidement conscience de l’emprise de Duplessis sur une bonne partie de ses compatriotes. La politique partisane et la vie parlementaire déçoivent profondément celui qui était venu au Bloc pour y défendre des idées…». En 1948, il ne se représente pas aux élections et retourne au journalisme.  Il y fait une brillante carrière devenant rédacteur en chef du Devoir en 1957. Il est aussi nommé coprésident de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme en 1963, commission qu’il dirige avec Davidson Dunton. Il décède en 1968 à l’âge de 56 ans.

#######

«Pierre-Antoine Doucet»Reproduction anonyme d’un portrait non datée (s.d.)Source: www.sq.gouv.qc.ca

 

     Le 1ᵉᴿ février 1870, le gouvernement du Québec crée la police provinciale de Québec, organisme à l’origine de la Sûreté du Québec. La direction de cette police provinciale est confiée à Pierre-Antoine Doucet, ancien greffier de la paix et membre du bureau de la police de Québec. Au moment de sa nomination, il est juge des sessions de la paix à Québec. Le quartier général de cette nouvelle police est à Québec dans la centrale de la police municipale de la ville.

     En fait, cette création est un choix politique. La police provinciale de Québec s’inspire du système en vigueur en Grande-Bretagne depuis 1829. Elle est constituée en vertu de l’Acte pour établir un système général de police en cette province adoptée le 23 décembre 1869 et son organisation formelle débute le 1ᵉᴿ mai 1870. Forte de 65 hommes à ses débuts, ses services sont partagés avec les municipalités qui sont prêtes à partager les coûts. D’ailleurs, la police municipale de Québec est dissoute le 26 mai 1870 et la police provinciale la remplace.

    Ce projet a ses origines avec l’Union de 1840. La police provinciale a comme mandat de mieux contrôler les émeutes électorales, ethniques et religieuses ainsi que les conflits ouvriers qui éclatent de temps à autre. Il s’agit de la recherche d’une solution globale aux problèmes de sécurité. Cette gendarmerie est la solution à l’inefficacité des petits corps de police municipaux pour répondre à l’agitation des foules. Pour des motifs politiques et financiers, la police provinciale cesse d’opérer en 1878 pour renaître en 1884.

#######