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Mᵍʳ de LavalImage votive lithographiée d’après une huile sur toile attribuée au frère Luc par Gérard Morisset(vers 1671-1672)Source : NelsonWeb

     Le 6 mai 1708, vers 7 h 30 du matin, François de Laval décède à Québec. Il est âgé de 85 ans. Sa mort est provoquée par les complications d’une engelure au talon qu’il a contracté durant la Semaine sainte, quelques jours auparavant. Le 9 mai, les funérailles sont célébrées et le premier évêque de Québec est inhumé dans la cathédrale.

   La sépulture de Mᵍʳ de Laval est retrouvée en 1877. La translation de ses restes vers la crypte du Séminaire de Québec a lieu l’année suivante. En 1949, une première chapelle funéraire est construite à même la chapelle extérieure du Séminaire afin d’abriter sa dépouille. En 1993, il est exhumé à nouveau et son corps est placé dans une chapelle qui lui est spécifiquement dédié dans la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec.

     Dès son décès, la population vénère Mᵍʳ l’Ancien, comme l’appellent les habitants de Québec à l’époque. L’intendant Jacques Raudot écrit qu’en 1708 les fidèles ont : «la même vénération pour son corps qu’on a pour ceux des saints, étant venus en foule de tous côtés pendant qu’il a été exposé sur son lit de parade et dans l’église, lui faire toucher leurs chapelets et leurs heures. Ils ont même coupé des morceaux de sa robe, que plusieurs ont fait mettre dans de l’argent, et ils les regardent comme des reliques». François de Laval est béatifié le 22 juin 1980 par le pape Jean-Paul II. Il est canonisé par le pape François le 3 avril 2014.

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Monument en l’honneur des PatriotesPhoto anonyme (2009)Source : Ville de Montréal

     Soixante-quatre patriotes recherchés par l’armée anglaise sont capturés dans un guet-apens au village iroquois du Sault-Saint-Louis en novembre 1838. Dix sont condamnés à mort mais six sont graciés.  Des quatre autres, deux sont bannis et exilés du Bas-Canada.  La peine de mort est cependant maintenue pour Joseph-Narcisse Cardinal et Joseph Duquette. Vendredi le 21 décembre 1838, les deux hommes périssent sur l’échafaud malgré les nombreuses requêtes faites au gouverneur John Colborne. «La corde fatale a tranché le fils de leurs jours».

     Le notaire Cardinal exerce sa profession à Châteauguay.  Il est élu sans opposition député de Laprairie en 1834. Chef patriote, Cardinal ne participe pas aux combats en 1837 mais s’exile toutefois aux États-Unis. Membre de l’Association des frères-chasseurs, Robert Nelson le charge d’organiser le soulèvement dans Laprairie.  De retour au Bas-Canada à titre de brigadier général, il dirige des patriotes à Châteauguay mais il est capturé par des Amérindiens du Sault-Saint-Louis.  Emprisonné à Montréal, il est reconnu coupable de haute trahison par le conseil de guerre le 8 décembre 1838.  Joseph-Narcisse Cardinal est le premier à être pendu pour avoir appuyé la lutte des patriotes pour la démocratie et la liberté.

     Après cette exécution, Joseph Duquet monte sur la potence à son tour.  Son supplice est atroce : en gravissant les marches, Duquet frémit, claque des dents et il doit être soutenu ; la corde est mal placée par le bourreau et, lorsque la trappe tombe, elle glisse sous le nez du condamné qui est projeté de côté pour heurter avec violence la charpente en fer du gibet.  Duquet est toujours conscient, saigne abondamment et râle bruyamment.  Malgré les cris de la foule qui scande «Grâce! Grâce!», son agonie se prolonge une vingtaine de minutes, le temps qu’une nouvelle corde soit installée.

     Ces pendaisons ont lieu à la prison du Pied-du-Courant. Cardinal et Duquet sont ensuite inhumés dans la même fosse, dans l’ancien cimetière de Montréal, là où on trouve aujourd’hui le square Victoria. Par la suite, les restes des deux patriotes martyrs sont exhumés et transportés en 1858 au cimetière Notre-Dame-des-Neiges où ils reposent toujours sous le Monument des Patriotes.

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1-Le cimetière paroissial : Notre-Dame-de-Québec et son réseau A-Les premiers lieux d’inhumation

Dès son premier été à Québec en 1608, Samuel de Champlain doit juger quatre membres de son équipage ayant comploté contre lui.  Dans le récit de ses voyages publié à l’origine chez Jean Berjon à Paris en 1613, il relate ainsi l’exécution de la sentence: « /…/ Iean du Val qui fut pendu & eftranglé audit Quebecq, & fa tefte mife au bout d’vne pique pour eftre plantée au lieu le plus eminent de noftre fort & les autres trois renuoyez en France[1] ».  Le texte est ensuite muet sur le sort de ce cadavre.

Les informations manquent également sur les premières inhumations à Québec.  Voici ce qu’on trouve dans le récit de Champlain en date de novembre 1608: « Il mourut en ce mois vn matelot & noftre ferrurier /…/[2] »; il n’y a aucune indication sur le lieu des sépultures.  Les nombreux décès causés par le manque de préparation de Champlain et de ses hommes à un premier hiver à Québec restent aussi mal documentés.  « Les maladies de la terre commencerent à prendre fort tart, qui fut en feurier iufqu’à la my Auril.  Il en fut frappé 18. & en mourut dix; & cinq autres de la difenterie.  /…/ Quelque temps aprés noftre Chirurgien mourut[3] ».  Aucun texte relate l’enterrement de ces seize malheureux.

Cependant, le célèbre Saintongeais dessine une carte de Québec et de ses environs pour illustrer les descriptions qu’il fait publier en 1613[4].  À la droite de son habitation, on peut y distinguer une croix.  Dès lors, on peut supposer qu’il s’agit là du premier cimetière de Québec.  Ce serait donc à cet endroit qu’ont été mis en terre les morts dont nous venons de relater le décès.  L’abbé Charles-Honoré Laverdière, éditeur des Oeuvres de Champlain,

Québec et ses environs vers 1613[5]

Source : Laverdière (1870), 296. Photo : Réjean Marchand, Corporation du tourisme religieux de Québec

affirme que cette croix se trouve « Un peu au-dessus des jardinages, sur le penchant de la côte du Saut-au-Matelot, /ce/ qui semble indiquer que dès lors le cimetière était là où on le trouve quelque années après mentionné pour la première fois[6] ».  Cette hypothèse est reprise par l’archiviste Pierre-Georges Roy: « Le premier cimetière de Québec se trouvaient bien dans le terrain triangulaire qu’on voit, à droite de la côte de la Montagne, en montant à peu près vers son coude[7] ».  Nous retenons également cette thèse en ajoutant qu’il s’agit probablement toujours du même lieu lorsque les écrits de Champlain traite du cimetière de l’habitation[8].

À défaut d’une source primaire, on peut croire que les récollets arrivés en 1615 ont béni ce cimetière.  De nos jours, il a pris le nom de cimetière de la côte de la Montagne, par référence à sa situation adjacente à cette côte[9].  Cependant, les habitants de Québec au XVIIe siècle le nomme « cimetière de Québec » ou encore « cimetière de la paroisse de Québec » comme en témoigne les registres de sépultures de Notre-Dame-de-Québec[10].  C’est d’ailleurs là que la majorité des Québécois est enterrée durant cette période[11].

D’ailleurs, l’espace initial de ce cimetière devient insuffisant au milieu du XVIIe siècle.  C’est pourquoi le gouverneur Jean de Lauson concède en franche aumône le 9 mai 1655 « /…/toutte L’estendüe deterre qui se rencontre entre L’emplacement deDame Anne Gasniér veufve de Mre Jean Clement de Veaux Chevalier Seigneur Demonceaux et l’ancien Cemetiere pour servir d’augmantation au dit Cemetiere /…/[12] ».  Selon Pierre-Georges Roy, ce don permettait d’utiliser « /…/ la moitié du petit parc Montmorency-Laval d’aujourd’hui comme cimetière[13] ».

L’utilisation de ce cimetière se termine lorsque l’évêque de Québec, Mgr Jean Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier décide de se faire un palais épiscopal.  Le site retenu par le prélat est adjacent au cimetière de la paroisse de Québec.  Le 31 décembre 1688, la fabrique de Notre-Dame-de-Québec accepte devant le notaire royal François Genaple de céder à l’évêque le terrain du dit cimetière.  En retour, Mgr de Saint-Vallier s’engage à remettre à la fabrique , un terrain de dimension semblable pour servir de cimetière[14].  Les inhumations cesseront alors de s’y faire.

D’autres endroits servent aussi à l’enterrement des paroissiens de Québec à cette époque.  Mentionnons d’abord l’église Notre-Dame.  La tradition d’utiliser les caves des églises comme lieu pour enterrer les morts remonte à l’origine de la chrétienté alors que les cryptes servaient à l’inhumation des martyrs chrétiens.  Cette coutume d’utiliser les églises comme lieux de sépulture existait chez nos ancêtres français et elle fut reprise ici.

Bien que l’église Notre-Dame-de-Paix, destinée à devenir Notre-Dame-de-Québec, ne soit terminée qu’en 1657, on y célèbre déjà la messe de Noël en 1650.  Dans son étude sur « les caves de la cathédrale basilique[15] », Pierre-Georges Roy y fait débuter les inhumations en 1652.  On peut cependant retrouver dans le registre des sépultures de Notre-Dame-de-Québec en date du 24 avril 1651 que Jean Joliet est enterré « /…/ in ecclesio Kebecensi[16] ».  S’agit-il ici de la première sépulture à Notre-Dame-de-Québec?  Les sources primaires semblent le confirmer.  Toutefois, malgré la difficulté d’établir le moment du premier enterrement à l’intérieur de Notre-Dame-de-Québec, il est clair que cet endroit sert fréquemment de lieu de sépulture depuis le milieu du XVIIe siècle et qu’il est toujours utilisé de nos jours[17].  D’ailleurs en 1914, le père Paul-Victor Charland a publié une liste des personnes inhumées à l’intérieur de Notre-Dame-de-Québec[18].  On y compte 869 individus auxquels on peut ajouter une liste de 26 prêtres qui ont trouvé depuis 1914 leur dernier sommeil dans la basilique-cathédrale.  Notons néanmoins que l’on a cessé d’y inhumer des laïques depuis 1877, le sous-sol de l’église étant depuis réservé aux sépultures ecclésiastiques[19].

La même coutume d’inhumer à l’intérieur de l’église se retrouve à Notre-Dame-des-Victoires, succursale de la paroisse à la Basse-Ville.  Un des premiers à l’affirmer est Pierre-Georges Roy qui réfute les écrits niant les inhumations dans la petite église de la place Royale en publiant deux actes de sépultures indiquant le contraire[20].  Il termine cette démonstration en écrivant: « Une recherche soignée dans les registres de Notre-Dame de Québec nous permettrait peut-être de retrouver d’autres inhumations dans l’église de Notre-Dame des Victoires[21] ».  La liste exhaustive des individus enterrés sous Notre-Dame-des-Victoires reste à être dressée.  Cependant, l’échantillon décennale contenu dans le fichier informatisé sur les sépultures à Notre-Dame-de-Québec compulsé pour la Ville de Québec ne révèle que deux sépultures à cet endroit au cours du XVIIIe siècle[22].  Le nombre d’enterrements y est donc probablement relativement restreint.

2-Ailleurs dans la ville

La présentation des premiers lieux d’inhumations à Québec ne s’arrête pas ici.  Mentionnons aussi quelques autres endroits qui servirent pour l’inhumation des premiers colons de Québec.  Des morts sont mis en terre dans la chapelle des récollets à leur couvent de Notre-Dame-des-Anges dès 1625[23].  Un petit cimetière extérieur est également ouvert à la même époque, non loin de ce couvent[24].  Lorsque les récollets déménagent à la Haute-Ville en 1696, ils continuent d’inhumer à l’intérieur de leur chapelle[25].  D’autres communautés religieuses utilisent également leur chapelle et leur terrain comme lieu de sépulture.  À l’Hôtel-Dieu, les augustines se servent du caveau sous leur chapelle à partir de 1656.  Au même moment, elles ouvrent sur leur terrain un cimetière pour les religieuses et, en 1662, un cimetière pour les pauvres[26].  La même année, la chapelle des ursulines remplit également cette fonction[27].  Les chapelles du collège des jésuites[28], la chapelle du séminaire[29] et celle de l’Hôpital général où on trouve aussi un cimetière extérieur[30], sont également employées pour les inhumations à partir, respectivement, de 1655, de 1700 et de 1711.

[1] C.-H. Laverdière, éd.  Oeuvres de Champlain publiées sous le patronage de l’Université Laval, 2e éd.  Québec: Geo.-E. Desbarats, 1870, p. 302.

[2] Ibid., p. 314.

[3] Ibid., p. 318.

[4] Ibid., p. 296.

[5] Idem.

[6] Idem.

[7] Pierre-Georges Roy.  Les cimetières de Québec.  Lévis: [s.n.] , 1941, p. 5.

[8] C.-H. Laverdière, op. cit., p. 1115.

[9] L’origine de cet odonyme reste à préciser; voir Ville de Québec, Service du greffe, Division des archives.  Guide odonymique de la Ville de Québec.  Québec: Ville de Québec, 1989, p. 299.

[10] ANDQ.  Collection des cahiers manuscrits.  Archives de la cure, registres de catholicité: baptêmes, mariages et sépultures.  CM1/ A1, 1: Registres des baptêmes, des mariages et des sépultures.  Vol. 1 et 3.

[11] Idem.

[12] Ibid.  Collection Notre-Dame: pré-archivage.  Carton 15, #47: « [Copie de] Concession pour L augmantation du Cemetiere en 1655.  Le 9 Mai 1655 ».

[13] Pierre-Georges Roy, op. cit., pp. 5-6.

[14] ANDQ, op. cit., carton 24, #1: « [Copie de] Acte D’Echange Pour L’ancien Cimetiere De la Paroisse faite avec Monseigneur Evesque de Quebec Messire Jean Bapt. Lacroix.  Ste Anne.  Acte passé par Genaple notaire le 31 xbre 1688 ».

[15] Pierre-Georges Roy, op. cit., pp. 30-31.

[16] ANDQ.  Collection des cahiers manuscrits.  Archives de la cure, registres de catholicité: baptêmes, mariages et sépultures.  CM1/ A1, 1: Registres des baptêmes, des mariages et des sépultures.  Vol. 1, fol. 192r: « [Acte de sépulture de Jean Joliet, 24 avril 1651] ».

[17] Ibid., vol. 1 à 200.

[18] Paul-Victor Charland.  « Notre-Dame de Québec.  Le Nécrologe de la Crypte ou Les inhumations dans cette église depuis 1652 » dans Bulletin des recherches historiques, vol. XXI, no. 5, (mai 1914), pp. 136-151; ibid., vol. XXII, no. 6, pp. 169-181; ibid., vol. II, no. 7, pp. 205-217;.; ibid., vol. II, no. 8, pp. 237-251; ibid., vol. II, no. 9, pp. 269-280; ibid., vol. II, no. 10, pp. 301-313; ; ibid., vol. II, no. 11, pp. 333-347.

[19] ANDQ, op. cit., vol. 89-200; Paul-Victor Charland, loc. cit., vol. II, no. 11, pp. 341-342; Pierre-Georges Roy, op. cit., pp. 30-68.  On doit cependant ajouter que les restes des individus découverts lors des fouilles archéologiques effectués dans le Vieux-Québec depuis quelques années sont maintenant remis au curé de la paroisse pour être déposés dans la crypte.

[20] Pierre-Georges Roy, op. cit., p. 88.

[21] Idem.

[22] François Droüin.  « Les actes de sépultures de Notre-Dame-de-Québec: un échantillon, 1663-1853 ».  Québec: 1993.  Rapport de recherche remis à la Ville de Québec.

[23] Pierre-Georges Roy, op. cit., pp. 89-90.

[24] Ibid., pp. 90-91.

[25] Ibid., pp. 93-95.

[26] Ibid., pp. 104-113 et 115-121.

[27] Ibid., pp. 123-124 et 127-133.

[28] Ibid., pp. 137-144.

[29] Ibid., pp. 173-177.

[30] Ibid., pp. 144-151.