Archive pour la ‘Bas-Canada’ Catégorie

«Le patriote François-Maurice Lepailleur, déporté en Australie» Reproduction d’une illustration anonyme (s.d.) Source : Wikimedia Commons

 

     La rébellion de 1838 est réprimée avec violence par la couronne britannique. Il faut dire que l’animosité ethnique est à son comble au Bas-Canada à cette époque.  Le Montreal Herald y va même d’une invitation au génocide dans une de ses livraisons : «Pour avoir la tranquillité, il faut que nous fassions la solitude; balayons les Canadiens de la face de la terre». Pour douze Patriotes du Bas-Canada, c’est la condamnation à mort et la pendaison.

     Sur les 99 condamnés à mort, 58 voient leur peine commuée en exil à la Nouvelle-Galles du Sud, sur le continent australien. La majorité de ces exilés est emprisonnée à Montréal, à la prison du Pied-du-Courant. Le 25 septembre 1839, l’exil débute.  Transportés par vapeur à Québec, les exilés sont réunis à un autre groupe de condamnés du Haut-Canada et embarquent sur le Buffalo, en route vers les colonies pénitentiaires des terres australes.

      Dans cette affaire, les procès sont une parodie de justice.  Le doute raisonnable, si cher au droit britannique, est bafoué pour laisser place à la répression. Pour plusieurs, la peine est lourde. Dans son journal, François-Maurice Lepailleur écrit : «Le malheur de l’exil est plus grand que celui de la mort…». Libérés en 1842, les exilés reviennent presque tous au pays à partir de 1844.

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Cathédrale Holy Trinity. Vue avantPhoto : Conseil du patrimoine religieux du Québec (2003)Source : www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca

 

 

     À la fin du XVIIIᵉ siècle, les fidèles anglicans assistent aux offices religieux au même endroit que les catholiques. Ils fréquentent d’abord la chapelle des récollets jusqu’à son incendie en 1796 puis la chapelle des jésuites. Selon l’évêque Jacob Mountain, le prestige d’une Église établie dépendait en grande partie de sa situation à Québec, capitale du Bas-Canada. Dès 1794, il écrit à Henri Dundas, secrétaire d’État à l’Intérieur, pour réclamer la construction d’une cathédrale anglicane à Québec. Il se plaint ouvertement de dépendre de la volonté des autorités catholiques pour célébrer le culte anglican. Il s’insurge contre cette forme de dépendance de l’Église d’Angleterre envers l’Église de Rome. Sa requête porte fruit : en 1799, le ministère des Colonies affecte les crédits nécessaires à la construction d’une cathédrale anglicane sur les terrains où se trouvaient la chapelle des récollets à la Haute-Ville de Québec.

     Cette église devient la première cathédrale anglicane construite à l’extérieur des îles britanniques. Ses architectes sont le major William Robe et le capitaine William Hall. Ses plans sont inspirés de l’église St. Martin-in-the-Fields située à Trafalgar Square à Londres.  De style palladien, cet édifice en pierre est consacré le 28 août 1804. Elle est ainsi l’église-mère du diocèse anglican de Québec constitué en 1793 et qui couvre à l’origine le territoire du Bas et du Haut-Canada.

     La cathédrale Holy Trinity est un édifice historique.  Elle symbolise un des premiers efforts de l’évêque Jacob Mountain de propager l’anglicanisme en Amérique. Le roi George III a donné à cette église une bible et d’autres articles reliés au culte  qui font partie aujourd’hui du trésor de la cathédrale. En 1989, Holy Trinity est inscrite au registre des lieux historiques nationaux du Canada.

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«Portrait de Ludger Duvernay» Photo de Jeangagnon d’une huile sur toile datant de 1832 de Jean-Baptiste Roy-Audy (s.d.) Source : Wikimedia Commons

 

     La Gazette des Trois-Rivières est fondée par Ludger Duvernay en 1817. Ce périodique couvre l’actualité locale, nationale et internationale.  Il offre aussi à ses lecteurs des oeuvres littéraires et des textes scientifiques.  Sa publication le 12 août 1817 amorce la décentralisation de la vie intellectuelle au Bas-Canada. Le prospectus est clair : «Nos villes de Québec et de Montréal en comptent maintenant plusieurs (journaux) : il n’en a encore été publié aucun aux Trois-Rivières, quoiqu’il s’y trouve un grand nombre de personnes en état d’en sentir toute l’utilité et les avantages, et même capable de le rendre intéressant par leur co-opération».

     Duvernay amorce avec ce périodique sa carrière d’éditeur. Il a dix-huit ans et vient de terminer son apprentissage en  imprimerie. La Gazette des Trois-Rivières propose de discuter des lois et de la constitution mais refuse de traiter des questions religieuses. Ce journal vise à souligner et à féliciter les bonnes actions de l’actualité politique mais s’engage à dénoncer l’oppression «de manière à exciter cette crainte salutaire qui fait l’appui et la sauvegarde des faibles en devenant un frein pour les méchants». La Gazette des Trois-Rivières publie quatre pages de textes en français et en anglais, mais sans que les articles ne soient systématiquement traduits d’une langue à l’autre.

   L’hebdomadaire a une forte influence dans la région trifluvienne. Duvernay doit cependant trouver des moyens de financer son entreprise : il imprime aussi des avis de décès, des faire-parts et des réclames publicitaires. Au même moment, il est responsable de la voirie publique et inspecteur des incendies.  Les déboires financiers entraînent cependant la fin de la publication en août 1823. Duvernay lance ensuite deux autres périodiques à Trois-Rivières avant de partir en 1826 à Montréal  où il devient l’éditeur de La Minerve.

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