Archive pour la ‘Au XVIIIe siècle’ Catégorie

Louis-Joseph, Marquis de MontcalmPhoto anonyme de la copie d’une huile sur toile datant d’environ 1871 et conservée par la famille Montcalm (s.d.)Source : BAC

 

     La bataille des plaines d’Abraham est tragique pour les deux généraux adversaires. James Wolfe meurt au combat, frappé de deux balles en pleine poitrine. Louis-Joseph de Montcalm trépasse le lendemain de la bataille, le 14 septembre 1759. Des détails sur les derniers moments de sa vie sont parvenus jusqu’à nous. Blessé, le marquis rentre à Québec sur son cheval noir, soutenu par trois de ses officiers. Il tente de se faire rassurant en déclarant aux femmes qui peinent à le voir en si piteux état : «Ne vous affligez pas pour moi!». Il est conduit à la maison du chirurgien André Arnoux. Ce dernier est absent et c’est son frère qui panse les blessures du chef de l’armée française. Informé de son décès imminent, Montcalm se prépare à mourir en mettant de l’ordre dans ses affaires et en recevant les derniers sacrements.

     Le décès de Montcalm est peu glorieux.  Il réalise peut-être la devise de son blason familial : «La guerre est le tombeau des Montcalm» ; toutefois, les circonstances sont moins intéressantes. Ses décisions sur le champ de bataille à Québec sont critiquées par plus d’un. L’historien William John Eccles, biographe de Montcalm, écrit : «L’ennemi virtuellement à sa merci, Montcalm choisit la seule ligne de conduite qui lui garantissait la défaite. Il décida d’attaquer sur-le-champ avec les troupes qu’il avait sous la main, sans attendre que Bougainville le rejoigne avec ses hommes». Après la défaite, la retraite vers Québec est désordonnée.  Tout juste avant de franchir la porte Saint-Louis, Montcalm est atteint mortellement. Il décède le lendemain matin, à l’aube, son armée vaincue et ses officiers abandonnant la capitale.

     Ses funérailles ont lieu le jour même du décès. Quelques planches sont assemblées à la hâte pour lui servir de cercueil et il est inhumé dans un cratère d’obus, sous la chapelle des ursulines. Louis XV et ses ministres ne le tiennent pas responsable de la capitulation, probablement pour sauver l’honneur de l’armée française. En 1828, un monument à sa mémoire et à celle de Wolfe est érigé dans les jardins du gouverneur, à la Haute-Ville de Québec. En 1859, cent ans après sa mort, une importante cérémonie religieuse a lieu dans la chapelle des Ursulines pour rappeler le souvenir du marquis de Montcalm. Par la suite, l’interprétation de son rôle à Québec est l’affaire des historiens. En 2001, les restes de Montcalm sont transférés dans un mausolée au cimetière de l’Hôpital-Général de Québec dans le cadre de l’inauguration du mémorial de la guerre de Sept Ans.

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The Death of General WolfeHuile sur toile de Benjamin West datée de 1770 et photographiée par The Yorck Project (vers 1995-2004)Source : Wikimedia Commons

     Au XVIIIᵉ siècle, l’expansion britannique au coeur de l’Amérique du Nord heurte les intérêts mercantilistes de la France sur ce continent. Le conflit est vif, principalement dans la vallée de l’Ohio. La lutte pour le contrôle des pêcheries dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent est également une importante source de friction. En 1754, la guerre de la Conquête débute pour déterminer qui de la France ou de la Grande-Bretagne contrôlera le territoire nord-américain.

     Dans ce contexte, le siège de Québec s’amorce et dure tout l’été 1759. Dès la mi-juillet, la capitale de la Nouvelle-France subit un bombardement en règle qui réduit une partie de la ville en ruine. Le 31 juillet, les troupes françaises repoussent victorieusement une tentative de débarquement à Montmorency, près de Beauport. Le 13 septembre 1759, les troupes anglaises prennent les Français par surprise en escaladant les hauteurs de Québec à partir de l’Anse-au-Foulon. Vers 10 h AM, un bref combat est engagé. Les deux commandants, James Wolfe et Louis-Joseph de Montcalm, sont blessés mortellement. Désorganisées, les troupes françaises reculent et se réfugient dans la ville. Québec capitule le 18 septembre suivant.

     En prenant Québec, les Anglais capture la clé de voûte de la Nouvelle-France. Le traité de Paris en 1763 vient sceller cette défaite. La bataille de plaines d’Abraham entre dans l’Histoire. Elle prend ensuite des proportions mythiques, selon les différents courants de l’historiographie. Encore récemment, son récit donne lieu à des publications qui permettent de mieux comprendre cet événement et les interprétations qui en sont données.

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Ensemble d’immeubles patrimoniaux du Fort-Jacques-Cartier-et-du-Manoir-Allsopp. Restitution 3D du Fort Jacques-Cartier. Vue générale du Fort vers le nord depuis la pointe sudPhoto : Catherine Caron (2011)Source : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca

      Après la bataille des plaines d’Abraham, les troupes françaises retraitent à l’ouest vers la rivière Jacques-Cartier. Cinq jours plus tard, Québec capitule. Les soldats français se retranchent alors à l’embouchure de la Jacques-Cartier pour y passer l’hiver. Cette fortification de terre a un tracé irrégulier en crémaillère ceinturant le cap et fermé au nord par des ouvrages défensifs. Cette construction est complétée le 26 décembre 1759 et le commandement du fort est confié au major général Jean-Daniel Dumas. Construit à la hâte et aménagé avec des ressources limitées, le fort Jacques-Cartier est un cas unique d’une fortification de campagne française construite durant la guerre de la Conquête.

     Le fort Jacques-Cartier sert de base pour préparer la contre-attaque française sur Québec au printemps 1760. Malgré la victoire des Français dirigés par François de Lévis à la bataille de Sainte-Foy, l’arrivée des renforts britanniques force la levée du siège. Lévis et ses hommes se replient vers Montréal en mai 1760. Dumas poste une partie de ses hommes à Deschambault et en fait de même. Le fort Jacques-Cartier devient un avant-poste défendu par une poignée de soldat. Ouvrage défensif, cette fortification est inutile pour empêcher la progression des Anglais sur Montréal.

     Le 8 septembre 1760, Montréal tombe. Un article de l’acte de capitulation précise que la garnison en poste au fort Jacques-Cartier devra se rendre et sera retournée en France. Deux jours plus tard, le fort Jacques-Cartier se rend pratiquement sans résistance au colonel Simon Fraser. Les prisonniers se composent de deux lieutenants, deux artilleurs, 50 réguliers et 150 miliciens. Brièvement occupé par les Anglais, le fort est abandonné après la signature du traité de Paris. Le fort est ensuite démantelé par les habitants de la région qui en reprennent le bois pour terminer la construction de leur église.

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