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«Le marquis de La Jonquière»

Anonyme (s.d.)

Source : Wikimedia Commons

 

     Après la chute de Louisbourg en 1745, une flotte française est expédiée l’année suivante en Acadie afin de tenter de reprendre la forteresse. Cette expédition est commandée par Jean-Baptiste-Louis-Frédéric de La Rochefoucauld de Roy, duc d’Anville. Le Nothumberland, vaisseau amiral de ce groupe de navires, est commandé par Jacques-Pierre Taffanel de La Jonquière. Ce marin d’expérience vient d’être promu chef d’escadre le 1ᵉᴿ mars 1746 et gouverneur de la Nouvelle-France le 19 du même mois.

     Après la traversée de l’Atlantique, un fort coup de vent frappe les bateaux au large de l’Acadie. Plusieurs navires sont avariés. Fin septembre, le duc d’Anville succombe d’une crise d’apoplexie. Le commandement de la flotte est confié à Constantin-Louis d’Estourmel le 29 septembre suite à un conseil de guerre qui décide aussi d’attaquer Annapolis Royal. d’Estournel est dépassé par les événements : il est atteint d’une fièvre qui le fait délirer au point d’attenter à ses jours. Le lendemain, le 30 septembre 1746, après une tentative de suicide, d’Estourmel se démet de ses fonctions en faveur de La Jonquière.

     Constatant le triste état de ses troupes durement malmenées par la maladie et par une météo déchaînée, Taffanel de La Jonquière décide de reporter l’attaque sur Annapolis Royal. «Un relevé des pertes datant du 15 octobre donne, sur un effectif total de 7 006 matelots et soldats, 587 morts et 2 274 malades». Quatre bateaux de transport quittent pour le Canada en octobre et de La Jonquière ramene le reste de la flotte en France. Cet échec montre la faiblesse de la marine française à l’époque, une flotte en déclin après la mort de Louis XIV. L’échec montre également les difficultés croissantes dans le secours possible aux colonies françaises d’Amérique du Nord.

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«Portrait de La Galissonière»Photo anonyme d’une estampe non datée (1954)Source : Wikimedia Commons

 

     Roland-Michel Barrin de La Galissonière est officier de marine et commande un navire de la Compagnie des Indes lorsqu’il est appelé à remplir un mandat en Nouvelle-France. En 1747, le convoi qui escorte le nouveau gouverneur Jacques-Pierre Taffanel de la Jonquière vers Québec est attaqué par les Anglais et le marquis de la Jonquière est fait prisonnier. La cour de France songe alors au marquis de La Galissonière pour assumer, par intérim, le commandement de la Nouvelle-France.

    Rompant avec ses ambitions personnelles dans la marine, de La Galissonière s’embarque sur le Northumberland et arrive à Québec le 19 septembre 1747. Il fait preuve de réelles qualités d’administrateur durant son passage dans la colonie. Il prône une politique d’expansion territoriale et lutte contre le développement de l’influence anglaise dans la vallée de l’Ohio, dans la Louisiane, autour des Grands Lacs et en Acadie.  Il s’intéresse aussi au peuplement de la Nouvelle-France.

    Il devient amis des Abénakis et s’affaire à construire une ligne de fort pour contrer les Anglais et leurs alliés. Il fait dresser des cartes de la région des Grands Lacs dans le but de reprendre le contrôle de ce territoire. Il protège aussi les institutions françaises, principalement les communautés religieuses.  De petite apparence, Barrin de La Galissonière fait néanmoins forte impression.  Un chef indien lui déclare même : «Faut-il que ton âme soit belle, pour que ton roi ait fait de toi le chef de son armée».

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Louis-Joseph, Marquis de MontcalmPhoto anonyme de la copie d’une huile sur toile datant d’environ 1871 et conservée par la famille Montcalm (s.d.)Source : BAC

 

     La bataille des plaines d’Abraham est tragique pour les deux généraux adversaires. James Wolfe meurt au combat, frappé de deux balles en pleine poitrine. Louis-Joseph de Montcalm trépasse le lendemain de la bataille, le 14 septembre 1759. Des détails sur les derniers moments de sa vie sont parvenus jusqu’à nous. Blessé, le marquis rentre à Québec sur son cheval noir, soutenu par trois de ses officiers. Il tente de se faire rassurant en déclarant aux femmes qui peinent à le voir en si piteux état : «Ne vous affligez pas pour moi!». Il est conduit à la maison du chirurgien André Arnoux. Ce dernier est absent et c’est son frère qui panse les blessures du chef de l’armée française. Informé de son décès imminent, Montcalm se prépare à mourir en mettant de l’ordre dans ses affaires et en recevant les derniers sacrements.

     Le décès de Montcalm est peu glorieux.  Il réalise peut-être la devise de son blason familial : «La guerre est le tombeau des Montcalm» ; toutefois, les circonstances sont moins intéressantes. Ses décisions sur le champ de bataille à Québec sont critiquées par plus d’un. L’historien William John Eccles, biographe de Montcalm, écrit : «L’ennemi virtuellement à sa merci, Montcalm choisit la seule ligne de conduite qui lui garantissait la défaite. Il décida d’attaquer sur-le-champ avec les troupes qu’il avait sous la main, sans attendre que Bougainville le rejoigne avec ses hommes». Après la défaite, la retraite vers Québec est désordonnée.  Tout juste avant de franchir la porte Saint-Louis, Montcalm est atteint mortellement. Il décède le lendemain matin, à l’aube, son armée vaincue et ses officiers abandonnant la capitale.

     Ses funérailles ont lieu le jour même du décès. Quelques planches sont assemblées à la hâte pour lui servir de cercueil et il est inhumé dans un cratère d’obus, sous la chapelle des ursulines. Louis XV et ses ministres ne le tiennent pas responsable de la capitulation, probablement pour sauver l’honneur de l’armée française. En 1828, un monument à sa mémoire et à celle de Wolfe est érigé dans les jardins du gouverneur, à la Haute-Ville de Québec. En 1859, cent ans après sa mort, une importante cérémonie religieuse a lieu dans la chapelle des Ursulines pour rappeler le souvenir du marquis de Montcalm. Par la suite, l’interprétation de son rôle à Québec est l’affaire des historiens. En 2001, les restes de Montcalm sont transférés dans un mausolée au cimetière de l’Hôpital-Général de Québec dans le cadre de l’inauguration du mémorial de la guerre de Sept Ans.

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