Archive pour la ‘Au XVIIe siècle’ Catégorie

«Au Roy. Mémoire sur le Canada»

Reproduction de la première page d’un manuscrit de Jean Talon daté du 2 novembre 1671 (s.d.)

Source : BAC

 

     Le passage de Jean Talon en Nouvelle-France est remarquable.  L’intendant a l’appui du roi Louis XIV pour développer la colonie.  L’essor qu’il donne à l’agriculture dans la vallée du Saint-Laurent est particulièrement notable. Par exemple, Talon s’affaire à développer la culture des céréales. Il est aussi un ardent promoteur de la bière. Dès 1666, il investit de ses propres deniers pour ouvrir une brasserie dotée de deux chaudières qu’il a importé de France. Talon prévoit utiliser le surplus des récoltes du pays et inciter ainsi les habitants à cultiver la terre. Il espère également que l’accoutumance à la bière plutôt qu’à l’eau-de-vie permettra de diminuer l’ivrognerie. Talon voit grand ; dans son mémoire au roi du 2 novembre 1671, il estime pouvoir produire 4 000 barriques de bières par année et espère en écouler la moitié aux Antilles.

     Dans le même mémoire, Talon fait aussi la promotion de la culture commerciale du tabac : «On a fait épreuve de tabac qui se cultive et mûrit comme ailleurs: si le Roi ne trouve pas d’inconvénient d’en souffrir ici la culture, à cause de ce que les Antilles en fournissent, je porterai les habitants à la faire dans les terres qui seront propres à cette plante». L’initiative fait long feu. La culture du tabac pour des fins commerciales ne se fera pas en Nouvelle-France afin de ne pas nuire à d’autres colonies. Il en est de même de la production de la bière qui sera concurrencée directement par les importations européennes et par l’autorisation donnée aux habitants de produire de la bière pour leur usage.

     Talon répond aux instructions de la métropole de permettre à la colonie d’assurer sa subsistance alimentaire. Mais sur le plan de l’agriculture commerciale, ses initiatives prennent fin peu après son départ en 1672. André Vachon, dans sa biographie de l’intendant, conclut que le passage de Talon en Nouvelle-France a été trop rapide : «Après lui, néanmoins, la culture des plantes industrielles, avec laquelle les colons n’avaient pas eu le temps de se familiariser, tomba quasi entièrement, faute d’encouragement et de débouchés ; on en revint vite au blé et à une agriculture de subsistance».

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Maison royale de Ryswick où l’on a tenu les conférences de la paix générale

Photo anonyme d’une gravure de Jan van Vianen datant de 1697 (s.d.)

Source : Catena. Digital Archive of Historic Gardens and Landscapes

     La guerre de la Ligue d’Augsbourg oppose la France de Louis XIV à une vaste coalition européenne. Malgré plusieurs victoires, les Français acceptent de signer des traités de paix en septembre et octobre 1697. Ces traités marquent la fin de l’expansion territoriale sous le Roi-Soleil.

     Les premiers traités sont signés le 20 septembre 1697 entre la France, les Provinces-Unies, l’Angleterre et l’Espagne. La paix est finalement conclue entre la France et le Saint-Empire romain germanique le 30 octobre suivant. La France restitue plusieurs de ses conquêtes mais garde la main-mise sur l’Alsace. Louis XIV reconnaît aussi Guillaume III d’Orange comme roi d’Angleterre.

     La paix de Ryswick dure uniquement quelques années. Dès 1701, la guerre de Succession d’Espagne débute en Europe. Plusieurs colonies d’Amérique et d’ailleurs dans le monde sont également touchés par les traités de Ryswick qui restituent à la France et à l’Angleterre leur possession respective. Cet équilibre colonial sera également rompu par la guerre de Succession d’Espagne.

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The General Hospital, Quebec

Photo anonyme d’une huile sur toile d’Henri Richard S. Burnett datée de 1887 et conservée au Musée McCord (s.d.)

Source : Wikimedia Commons

 

     Mᴳᴿ Jean-Baptiste de La Croix de Chevrières de Saint-Vallier désire fonder en Nouvelle-France un hôpital pour les invalides.  Il amorce son projet en ouvrant une maison pour les indigents dans la Haute-Ville de Québec. Puis, il acquiert le couvent de Notre-Dame-des-Anges que les Récollets occupent sur les bords de la rivière Saint-Charles. Le 30 octobre 1692, les pauvres de l’hospice de la Haute-Ville sont conduits dans le nouvel hôpital à Notre-Dame-des-Anges par soeur Sainte-Ursule et par madame Marie Pelletier, veuve du sieur Denis Jean.  Ils arrivent en procession, deux par deux : «Monseigneur les attendait dans l’église pour les offrir à Dieu et les mettre en possession de leur nouvelle maison».

     Dès 1693, la direction de l’Hôpital général est confiée aux Augustines de la Miséricorde de Jésus.  Les religieuses sont déjà en charge de l’Hôtel-Dieu de Québec. Cependant, les Augustines créent une nouvelle communauté cloîtrée autonome pour gérer l’Hôpital général.  L’évêque de Québec reste toutefois impliqué dans le développement de l’établissement en faisant construire de nouveaux bâtiment comme l’aile de l’Hôpital en 1711-1712 et l’aile de l’Apothicairerie en 1714.

     Encore aujourd’hui, cette institution reste un legs de Mᴳᴿ de Saint-Vallier.  En confiant cette mission à une communauté hospitalière, le prélat voulait une oeuvre qui bravait les siècles.  Malgré l’opposition initiale au projet de Louis XIV, les Augustines persistent dans leur travail à l’Hôpital général de Québec, avec le soutien incessant de leur évêque.  Ainsi, depuis plus de trois siècles, l’hôpital dispense des soins et poursuit aujourd’hui sa mission comme centre d’hébergement de longue durée.

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