Archive pour la ‘Au XVIe siècle’ Catégorie

«Le fort Cartier-Roberval»Reproduction d’une illustration parue en 1984 dans Fernand Braudel, dir., Le monde de Jacques Cartier (s.d.)Source : http://shcr.qc.ca/chronique.php?no=4

 

     L’aventure de Jean-François de La Roque de Roberval au Canada a été de courte durée. Nommé lieutenant général de la colonie en 1541, il quitte la France avec trois navires à destination de la vallée du Saint-Laurent en 1542. Jacques Cartier l’a devancé l’année précédente. L’expédition de Roberval rencontre celle de Cartier à Saint-Jean, sur l’île de Terre-Neuve. Cartier est alors sur son retour et il refuse les ordres de Roberval de poursuivre la mission en Canada. Cette rebuffade prive l’entreprise de la moitié de ses ressources.

     Roberval remonte ensuite le fleuve et arrive au Cap-Rouge à la fin de juillet 1542. Il s’empresse de consolider et de rebâtir les deux forts érigés par Cartier à cet endroit. Le lieu est renommé France-Roy.  Roberval décrit ainsi son établissement, tel que le rapporte la Société historique du Cap-Rouge : «un fort très beau à voir, donnant une impression de grande solidité…comprenant deux corps de logis, une grosse tour et un bâtiment de 40 à 50 pieds de long. Diverses pièces divisent ce bâtiment, qui est muni d’un four, d’un poêle et de moulins. Il y a un puit devant l’habitation. Au pied de cette hauteur, on trouve une autre habitation, dont une partie était constituée d’une tour de deux étages et de deux corps de logis».

     Mais cette tentative d’implantation est un échec. Les vivres manquent dès le premier hiver et un régime doit être imposé à chacun. Une cinquantaine de personnes est emportée par le scorbut. Roberval avait déjà demandé du secours supplémentaire pour son projet dès 1642. Le 26 janvier 1543, François Iᵉᴿ donne ordre à l’émissaire de Roberval de mettre fin à cette tentative de colonisation. Cet ordre s’explique par l’entrée en guerre de la France contre l’Angleterre et l’Espagne. Le 11 septembre 1543 est la date admise du retour de Roberval en France puisqu’il signe à ce moment une procuration pour désarmer des navires se trouvant à La Rochelle.

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«Scène du marché à Tenochtitlán»Détails d’une murale de Diego Rivera peinte en 1945 au Palacio National à MexicoPhoto : El Comandante (ca2011)Source : Wikimedia Commons

     Tenochtitlán est la capitale de l’empire aztèque. Au XVᵉ siècle, la ville est devenue un centre dominant, régissant la croissance d’une civilisation à son apogée. En 1519, l’espagnol Hernan Cortés débarque sur la côte du golfe du Mexique. Il entend parler de la richesse de Tenochtitlán et décide rapidement de s’y rendre afin de s’accaparer de ses richesses.

     Les premiers affrontements entre les Aztèques et les troupes de Cortés tournent au désavantage des conquistadores.  L’épisode de la «Noche Triste» en 1520 est bien connu des historiens : Cortés échappe de justesse à la mort mais la moitié de ses troupes est massacrée.

MetztitlanPhoto d’une illustration datant du XVIᵉ sièclepar Mireille Vautier (s.d.)Source : Wikimedia Commons

      L’année suivante, Cortés fait un long siège de la ville pour la couper de ses sources d’approvisionnements. La variole frappe les Aztèques au même moment. Leur système immunitaire ne résiste pas à cette maladie inconnue au Nouveau Monde. Le 13 août 1521, les Espagnols maîtrisent Tenochtitlán. L’empire aztèque s’écroule; Tenochtitlán sera rasée pour laisser la place à Mexico, centre de la colonisation espagnole au Mexique.

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«Statue de saint Laurent à Pallissades, ON»Photo : Tim (2015)Source : http://chesterbvoyage.blogspot.ca/2015/07/lake-ontario.html

 

     En 1535, Jacques Cartier aborde la Côte-Nord à la hauteur des îles de Mingan  lors de ce que les historiens nomment son second voyage au Canada.  L’archiviste Henry Percival Biggar a publié le texte de cette aventure :  «Et le lendemain, le vent était contraire, et comme nous ne trouvions pas de havre le long de cette côte du sud, nous mîmes le cap vers le nord et après avoir parcouru une dizaine de lieues, nous trouvâmes une fort belle et grande baie, parsemée d’îles offrant de nombreuses anses où il était possible de mouiller, même par mauvais temps. Pour reconnaître cette baie, il y a une grande île, semblable à un cap de terre, qui s’avance plus que les autres, et sur la côte, à environ deux lieues de là, se dresse une montagne qui ressemble à un tas de blé. Nous nommâmes cette baie, la baie Saint-Laurent».

     Cartier a-t-il baptisé le fleuve à ce moment ? Dans son esprit, ce toponyme désigne uniquement la baie où son navire va mouiller.  C’est par extension que le nom va s’étendre au golfe et au fleuve adjacents.  En 1552, l’historien espagnol Francisco Lopez de Gomara écrit qu’il s’agit du «Gran Rio dicho san Lorenço que alcunos lo tienen por braço de mar». Dans un recueil intitulé Delle Navigationi et Viaggi, le géographe italien Giovanni Battista Ramusio parle en 1556 du «Gran Fiume detto di san Lorenzo».  Il traduit aussi baie Saint-Laurent par «golfo di san Lorenzo». Son travail inspire le mathématicien et géographe flamand Gerardus Mercator. Ce dernier publie sa célèbre carte du monde en 1569 et il désigne la section du golfe comprise entre la Côte-Nord et Anticosti sous le nom de «Sinus S. Laurentii», forme latine de «golfe du Saint-Laurent». Le golfe a dès lors un nom connu dans le monde.  Pour le fleuve, Samuel de Champlain parlera de la rivière de Canada avant d’opter pour le toponyme Saint-Laurent dans sa publication de 1632.  Durant un siècle, les termes rivière de Canada ou de Saint-Laurent sont utilisés et c’est au XVIIIᵉ siècle que le toponyme Saint-Laurent s’impose pour le fleuve.

     Mais qui est ce saint Laurent ? Ce diacre est un des plus illustres martyrs des débuts de la chrétienté. Durant le supplice du pape Sixte II, il répond à l’appel du pontife et distribue tous les biens de l’Église aux pauvres. Interrogé sur l’endroit où se trouve ce trésor par le préfet de Rome, Laurent demande trois jours pour le réunir.  Il présente ensuite les pauvres nourris aux frais de l’Église au préfet. Enragé, ce dernier fait fouetté le diacre Laurent.  Emprisonné, Laurent guérit un aveugle et convertit son geôlier.  Le tribunal le condamne à être étendu sur un chevalet pour être brûlé à petit feu.  Durant le supplice, son bourreau affirme voir un ange essuyer le sang et la sueur du martyr. Laurent est ainsi rôti sur un gril de fer qui deviendra son symbole. Après avoir eu un côté tout brûlé, il déclare en souriant : «Je suis assez rôti de ce côté; faites-moi rôtir de l’autre» et,  les yeux au Ciel, il rend l’âme en 259. Sa fête est le 10 août,  journée où Cartier mouilla son navire dans une baie dont le nom allait devenir celui d’un golfe et d’un fleuve.

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