Archive pour la ‘Au XVIe siècle’ Catégorie

«Portrait imaginaire deJacques Cartier»Photo d’une huile sur toile copiée d’après une peinture de François Riss de 1839 faite par Théophile Hamel vers 1844 (s.d.)Source : BAC

     Jacques Cartier navigue depuis son très jeune âge. Il est officiellement le premier explorateur à s’aventurer dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent. Sa présence lors d’une des expéditions de Verrazano en Amérique reste une hypothèse. Il est cependant admis par plusieurs historiens qu’il a déjà fait la traversée de l’Atlantique lorsqu’il entame son voyage de 1534.

     François Iᵉʳ lui donne une commission pour explorer le Nouveau Monde au printemps 1534. Ordre lui est donné de «descouvrir certaines ysles et pays où l’on dit qu’il se doibt trouver grant quantité d’or et autres riches choses». Le 20 avril, Cartier quitte Saint-Malo avec 2 voiliers et 61 hommes. La traversée est rapide : il atteint Terre-Neuve en 20 jours pour débuter son exploration du golfe du Saint-Laurent.

     Ce voyage est historique. Fin juin, il découvre les îles de la Madeleine et l’île du Prince-Édouard. En juillet, il est dans la baie des Chaleurs et le 24, il fait ériger une croix à Gaspé. Ce geste cérémonial est considéré comme le moment de la découverte du Canada. Cartier prend ensuite deux otages amérindiens, découvre l’île d’Anticosti et fait voile vers la France. Le 5 septembre, il est de retour à Saint-Malo.

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Blason de la commune de La Rochelle, Charente-Maritime, France Illustation : Yann Gwilhoù, Moktoipas & Syryatsu (2008) Source : Wikimedia Commons

 

 

     Jean Fonteneau est un personnage méconnu. Né en 1484 en Saintonge, il amorce sa carrière de marin à l’âge de 12 ans. Encore jeune, quelques années plus tard, il épouse Valentine Alfonse, une portugaise. On le surnomme alors Jean Alfonse, et c’est sous ce nom que sa renommée de navigateur se répand avec des voyages commerciaux dans la Baltique, dans la Méditerranée, le long des côtes de l’Afrique, dans l’océan Indien, dans la mer de Chine et le long de la côte est de l’Amérique du Nord, de la Nouvelle-Écosse aux Antilles. Il a la réputation de ne jamais perdre un navire. Ceci lui vaut d’être nommé capitaine pilote du roi François Iᵉʳ afin de conduire une expédition vers le Canada.

     Le 16 avril 1542, trois navires quittent La Rochelle sous la gouverne de Fonteneau dit Alfonse.  Le marin a été recruté par Jean-François de La Rocque de Roberval qui espère établir une colonie et faire fortune au Canada. Roberval a été nommé lieutenant-général du Canada un an plus tôt. La traversée est rapide, mais elle est aussi marquée par une véritable aventure romanesque.  Marguerite La Roque, cousine de Roberval, fait partie de l’équipage au départ de La Rochelle. Son comportement scandalise Roberval qui l’abandonne sur une île du Saint-Laurent avec son amant dont l’Histoire n’a pas gardé le nom et sa servante Damienne.  Marguerite aura un enfant sur l’île mais il décédera tout comme l’amant et la servante.  Elle va vivre plusieurs années seule sur l’île avant d’être rescapée par les Basques. Son aventure est ensuite racontée  par la reine Marguerite de Navarre dans L’Heptaméron et par André Thévet dans sa Cosmographie.

     L’historien Bernard Allaire a étudié le projet de colonisation de Roberval, son déroulement et son échec. Cette tentative de s’établir à l’embouchure de la rivière du Cap-Rouge, dans une colonie que Roberval nomme France-Roy, s’inscrit dans la mouvance de la «rumeur dorée». Cette rumeur se répand au XVIᵉ siècle en Europe : elle veut que le Nouveau Monde regorge de métaux précieux et qu’une voie traverse l’Amérique pour atteindre facilement la mer de l’Ouest et les richesses de l’Asie. L’établissement du cap Rouge est aussi le moment de tester l’efficacité d’une colonie pénitentiaire composée de prisonniers fortunés et rompus à plusieurs métiers. À Cap-Rouge, finalement, le bilan de Roberval est positif. Il maintient l’ordre sans mutinerie, confirme l’existence de métaux et rationalise la possibilité de se rendre rapidement en Asie par une exploration de l’intérieur jusqu’à Hochelaga.

La traversée et le séjour en Amérique de militaires, de colons et de prisonniers, au total plusieurs centaines, s’effectuent sans naufrage et mutinerie; l’ordre est maintenu. La rumeur fait place à la certitude quant aux pierres et métaux découverts. Elle ouvre la porte à plus de réalisme quant à l’atteinte rapide et facile de l’Asie à partir d’Hochelaga. L’expédition de Roberval au site du cap Rouge et l’exploration de l’intérieur jusqu’à Hochelaga constituent enfin une expérience d’acclimatation et de prise de possession de territoire qui facilitera l’enracinement à compter du 17e siècle.

 

 

Portrait de Jean TalonPhoto anonyme d’une huile sur toile attribuée à Claude François dit frère Luc en 1671 (s.d.)Source : Musée des augustines de l’Hôtel-Dieu de Québec

     La décision de faire de la Nouvelle-France une province royale est officielle le 24 mars 1663. Elle implique, entre autres, la nomination d’un haut fonctionnaire pour agir à titre de chef civil de la colonie. De suite, Jean Talon arrive à Québec en 1665. Louis XIV lui donne le titre «d’intendant de justice, police et finance en nos pays de Canada, Acadie, Isle de Terre-Neuve et autres pays de la France septentrionale».

     Cependant, il n’est pas le premier intendant de la Nouvelle-France. Le 21 mars 1663, Louis Robert de la Fortelle reçoit la première commission royale pour occuper cette fonction. Il est chargé de voir à la justice, à la police, aux finances, au domaine du roi, aux vivres et aux fortifications. Jeune avocat puis intendant militaire, Louis Robert ne donne pas suite à sa commission. Il ne viendra jamais en Nouvelle-France.

     Pourquoi ce changement? Selon l’historien Jean-Claude Dubé, il est possible que le report de la campagne contre les nations iroquoises ait rendu moins urgente la nomination d’un intendant militaire. Il semble aussi que les aventures amoureuses du sieur de la Fortelle, un joyeux gaillard, cadrent mal avec les objectifs d’évangélisation de François de Laval et du gouverneur Augustin de Saffray de Mésy, un dévôt de l’Ermitage. Il est aussi possible que le ministre Jean-Baptiste Colbert souhaite affecter Louis Robert ailleurs. En 1666, il devient conseiller d’État. Il cumule ensuite les postes d’intendance en Italie, à Dunkerque, en Hongrie et à Utrecht. Il termine sa carrière comme président de la Chambre des comptes.

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