«Stèles commémorant la rencontre entre Jacques Cartier et Donnacona sur les berges de la rivière Saint-Charles, à Québec»
Photo : Jugag (v. 2010)
Source : Wikimedia commons

     Jacques Cartier rencontre Donnacona pour la première fois à Gaspé en 1534. Le chef iroquois se méfie immédiatement des Français et de la croix qu’ils hissent à leur arrivée. Cependant, après négociations, Donnacona accepte de laisser ses deux fils, Domagaya et Taignoagny, repartir avec Cartier pour la France. Donnacona, pour sa part, retourne ensuite à Stadaconé, après avoir terminer son expédition de pêche. C’est là que Cartier, Domagaya et Taignoagny le retrouvent lors du second voyage du navigateur malouin en 1535 , après avoir que les navires français remontent pour la première fois le fleuve Saint-Laurent et eurent pris le «chemyn de Canada».

     Durant ce deuxième voyage, Cartier va se rendre jusqu’à Hochelaga à la recherche d’une hypothétique route vers les «trésors» de l’Asie. De retour à Stadaconé, ses relations avec Donnacona se détériorent. Les Français passent un premier hiver au Nouveau Monde et sont affligés par le scorbut. Au printemps 1536, Cartier profite des intrigues entre les leaders amérindiens pour inviter Donnacona sur son bateau afin de participer à un banquet d’adieu.  Le 3 mai 1536, Cartier kidnappe Donnacona, ses deux fils et quelques autres Amérindiens tout en promettant aux autres Autochtones de revenir avec eux dans une douzaine de lunes.

     Cartier ne revient dans cette région qu’en 1541. Il doit mentir car aucun des Amérindiens l’accompagne. Il déclare à Agona, nouveau chef de Stadaconé, que Donnacona est mort en France et que tous les autres mènent la vie de grands seigneurs. Au contraire, toutes les sources historiographiques montrent que les Autochtones sont morts rapidement en France. «Les Amérindiens ne crurent pas les paroles de Cartier et commencèrent à poser des obstacles à la venue des Européens sur leur territoire». La guerre froide qui s’ensuit débouche finalement, dans les décennies suivantes,  sur un conflit entre Français et nations iroquoises.

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La Paix conclue à Aix la Chapelle 1668 Détail du plafond de la Galerie des Glaces au Château de Versailles par Charles Le Brun (XVIIe siècle) Photo : Jebulon (2011)

La Paix conclue à Aix la Chapelle 1668
Détail du plafond de la Galerie des Glaces au Château de Versailles par
Charles Le Brun (XVIIᵉ siècle)
Photo : Jebulon (2011)

     Le 2 mai 1668, le traité d’Aix-la-Chapelle met fin au conflit militaire opposant la France et l’Espagne depuis un an. C’est la première guerre du règne du roi Louis XIV. En 1667, les armées françaises avaient occupé rapidement Lille et les autres villes des Pays-Bas espagnols. Les ambitions territoriales du jeune roi Louis inquiètent l’Angleterre et les Provinces-Unies qui proposent leur médiation pour aboutir à la paix.

     Cette guerre porte le nom de guerre de Dévolution. Ce nom s’explique par les revendications que Louis XIV porte à des régions possédées par l’Espagne après le décès de Philippe IV en 1665. Lors du mariage du roi Louis avec l’infante Marie-Thérèse en 1659, le versement d’une dot de 500 000 écus à la couronne française est prévu. En échange, l’infante renonce à son droit de succession sur la couronne espagnole. La dot n’est toujours pas versée lorsque Philippe IV meurt. Louis XIV, au nom d’une ancienne coutume, la dévolution, réclame à ce moment ce qui lui est dû.

     Après avoir évoqué cette coutume brabançonne de la dévolution pour exiger au nom de son épouse certains territoires espagnols, Louis XIV passe à l’attaque. La campagne de Flandres est à l’avantage de la France qui se trouve en position de force pour négocier. La paix signée à Aix-la-Chapelle permet à Louis XIV d’annexer Lille, Tournai, Douai, Armentières et quelques dépendances. Le roi éloigne ainsi la frontière nord du royaume de Paris.

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«Dollard des Ormeaux»
Photo anonyme de la sculpture d’Alfred Laliberté datant de 1920 (1960)
Source : BAC

 

     Adam Dollard des Ormeaux est un personnage mythique de l’Histoire du Canada. Il arrive à Montréal vers 1658 et agit comme «commandant en la garnison du fort de Ville-Marie». Il est injustement accusé par l’historiographie canadienne-anglaise mené par Edward Reginald Adair en 1932 d’être un voleur et une forte tête. Au contraire, il est adulée comme un apôtre de l’évangélisation par plusieurs historiens du XIXᵉ siècle. Bref, une vive controverse sur son rôle exact dans la Nouvelle-France du XVIIᵉ siècle.

     La renommée de Dollard des Ormeaux provient du combat qu’il a mené avec une poignée d’hommes lors de la bataille du Long-Sault en 1660. En avril de cette année-là, Dollard quitte Ville-Marie avec seize autres Français en direction de la rivière des Outaouais. Une première escarmouche avec des guerriers iroquois près de l’île Saint-Paul entraîne la mort de trois de ses hommes. Dollard et sa troupe reviennent ensuite à Ville-Marie pour les obsèques des défunts. Ce sont dix-sept combattants français qui reprennent leur expédition accompagné d’une quarantaine d’Autochtones alliés des tribus huronnes et algonquines.  Ils arrivent au Long-Sault le 1ᵉʳ mai et sont immédiatement repérés par leurs ennemis, largement supérieurs en nombre.  Entre 600 et 800 Agniers, Onontagués et Onneiout sont rassemblés à cet endroit, vraisemblablement pour enhavir la Nouvelle-France. Le combat débute le lendemain, 2 mai, et dure jusqu’au 9, au 10 ou au 12 mai suivant, selon les sources. Après plusieurs assauts, un combat sans merci s’engage. Les Français tentent de lancer un baril de poudre sur leurs assaillants mais une erreur fait exploser la bombe à l’intérieur de leur retranchement. Ceci provoque une brèche qui permet aux attaquants de pénétrer la palissade de protection des positions françaises où ils ne trouvent que neuf survivants.

     Aucun Français ne revient vivant et seuls quelques Amérindiens réussissent à s’échapper pour rapporter les événements à Ville-Marie et à Québec. La présence d’une armée iroquoise aussi nombreuse et la résistance héroïque de Dollard permettent-elle de voir dans la bataille du Long-Sault un fait d’arme qui assure la survie de la colonie ? Idéalisée, cette victoire mythique devient l’objet de célébration identitaire le troisième lundi de mai durant une bonne partie du XXᵉ siècle.  La fête de Dollard devient le pendant canadien-français de la fête de la Reine. Mais l’analyse historique dégonfle le mythe et la biographie écrite par André Vachon en 1966 démontre comment l’exploit du Long-Sault a été instrumentalisé. Véritable «lieu de mémoire», l’histoire de Dollard a laissé une importante trace documentaire. Ce patrimoine «représente une richesse culturelle qui mérite d’être conservée et transmise collectivement si elle permet de comprendre le sens qu’ont pris Dollard des Ormeaux et son combat dans le parcours historique des Canadiens français aux XIXe et XXe siècles».

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