Joseph Guibord . – 18 septembre 1875Photo anonyme d’une gravure de Philéas Gagnon datant de 1875 (s.d.)Source : Archives de Montréal

 

     Dans La Minerve du 17 novembre 1875, un article bien particulier rapporte les événements entourant la mise en terre de la dépouille de Joseph Guibord : «L’enterrement de Guibord est enfin un fait accompli. La cérémonie a eu lieu hier matin. Tout s’est passé paisiblement et avec ordre. Les autorités n’ont rencontré aucune résistance dans l’exécution du décret royal, et tout le déploiement de forces qu’on a cru devoir faire a été inutile». Qu’est-ce que cela signifie ? Pourquoi protéger le cortège funèbre ? En effet, dans le même article, nous apprenons que le corbillard est escorté par une cinquantaine de policiers. Pour son entrée au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, cette escorte est renforcée par un régiment de volontaires provenant des bataillons du Prince de Galles, d’Hochelaga et des Victoria Rifles, par un corps de cavalerie et par une escouade de sapeurs. De plus, cette troupe est accompagnée de 32 hommes d’artillerie et de quatre canons. Lorsqu’on sait que la mise en terre de Joseph Guibord se déroule paisiblement, il est juste d’écrire : «Le rôle joué par cette petite armée est notablement entaché de ridicule. Cette aventure rappelle la fable de la Montagne en travail, accouchant d’une souris».

    Toute cette protection s’explique par la bataille que se livre l’Institut canadien de Montréal et l’école de pensée ultramontaine. En juillet 1869, un décret de l’Inquisition condamne les doctrines libérales de l’Institut et son Annuaire est mis à l’Index.  Mᵍʳ Ignace Bourget ordonne alors de refuser les sacrements aux membres de l’Institut à l’heure de la mort! Fin 1869, le typographe Joseph Guibord est à l’agonie ; il reçoit l’absolution et le viatique. Son confesseur apprend ensuite qu’il est membre de l’Institut canadien de Montréal et revient voir le mourant pour lui dire qu’il n’aurait pas dû recevoir l’absolution et exige sa résignation comme membre de l’Institut. Guibord refuse et devient au yeux de l’autorité religieuse un révolté et un pêcheur public.  Après son décès, il est privé du service funèbre et son inhumation en terre bénite est interdite. Cet anathème incite son épouse Henriette Brown, avec le soutien des membres de l’Institut, à poursuivre en justice le curé et les marguilliers de la paroisse de Notre-Dame-de-Montréal. La cause se termine en 1874 lorsque le Conseil privé de Londres ordonne d’inhumer Guibord au cimetière de Côte-des-Neiges.

    Dès novembre 1869, le curé Victor Rousselot refuse la sépulture de Guibord dans la partie bénie du cimetière et le gardien du cimetière, Benjamin Desroches, lui en bloque l’accès. Le cadavre de Joseph Guibord est d’abord déposé au charnier du Mount Royal Cemetery, un cimetière protestant. L’Affaire Guibord débute. Les procédures judiciaires se déroulent en Cour supérieure, en Cour de révision et  en Cour du Banc de la Reine durant les années suivantes. Finalement, la cause est portée devant le comité judiciaire du Conseil privé qui force la translation de Guibord du charnier protestant vers son lot au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Le 2 septembre 1875, un nouveau cortège funèbre voit une foule hostile lui bloquer l’accès au cimetière.  Les proches de Joseph Guibord doivent rebrousser chemin sous les insultes, les menaces et les projectiles. Son inhumation a finalement lieu le 16 novembre suivant mais Mᵍʳ Bourget use de son pouvoir canonique pour désacraliser le lieu où est inhumé Guibord…

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Prélude à la ConfédérationIllustration de Rex Woods (1967)Source : «Collection Confederation Life»

      Au printemps 1864, la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard mandatent des délégués pour participer à une conférence portant sur une union maritime des trois colonies. Lorsque les élus de la Province du Canada entendent parler du projet, ils demandent de participer à la réunion.  Ils veulent y développer l’idée plus large d’une vaste union des colonies britanniques d’Amérique du Nord.

     L’Île-du-Prince-Édouard organise l’événement. Vingt-trois délégués arrivent dans le port de Charlottetown entre le 30 août et le 1ᵉʳ septembre 1864.  Le cirque Slaymaker and Nichols’ Olympic est alors en ville. Résultat: il n’y a pas de place pour héberger les représentants canadiens arrivant de Québec.  Ils sont accueillis en barque par le secrétaire colonial William Henry Pope et doivent coucher à bord du SS Queen Victoria.

     La conférence débute le 1er septembre et se termine le 9. Les réunions formelles de travail alternent avec les banquets, les dîners et les bals qui permettent aux délégués de discuter entre eux.  Le projet de fédération des Maritimes est finalement rejeté au profit d’un plus vaste projet visant toute l’Amérique du Nord britannique.

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«Vue de la station de radio de Gliwice après l’invasion de la Pologne»Photo anonyme (s.d.)Source : http://b200athens.blogspot.ca/p/operation-himmler.html

     Dès 1937, Adolf Hitler prévoit utiliser la force pour agrandir le territoire de l’Allemagne. La doctrine nazie du Lebensraum présente alors les conquêtes territoriales comme l’accroissement nécessaire de l’espace vital de la nation allemande. Après l’Autriche, les Sudètes et la Tchécoslovaquie, c’est au tour de la Pologne d’être dans la mire du Fürher. Malgré l’appui de la France et de la Grande-Bretagne à la Pologne, la chancellerie allemande complote dès juin 1939  pour s’emparer du territoire polonais.

     Henrich Himmler reçoit le mandat de préparer une opération laissant croire à une agression armée des Polonais afin de justifier une invasion par les troupes allemandes. Le 31 août 1939, des membres de la SS déguisés en civils polonais attaquent la station de radio allemande à Gliwice. Ils s’emparent de l’émetteur et diffusent un bref message interrompu par des problèmes techniques : «Attention ! Ici Gliwice.  Le poste de radio est entre les mains de la Pologne…».

     Les SS terminent la mise en scène en laissant des cadavres de prisonniers allemands avec des habits polonais sur le lieu. Le corps d’un militant polonais anti-nazie complète ce tableau. Hitler saisit ce prétexte pour envahir la Pologne le lendemain.  La Seconde Guerre mondiale débute…

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