Fiona and Britannia, Edward VII’s Third Yacht, Cowes RegattaPhoto anonyme d’une huile sur toile de James Haughton Forrest datant de ca1901-1910 (s.d.)Source : The McRae Collection

 

     L’ïle de Wight peut être considérée comme un microcosme de l’Angleterre. L’île est aussi célèbre pour ses activités nautiques. Au XVIᵉ siècle, Elisabeth Iʳᵉ s’y fait construire un bateau de plaisance. Dès 1815, un premier club nautique y est en opération.  The Yacht Club regroupe quarante-deux membres et se réunit  annuellement à East Cowes. Le club prend le nom de Royal Yacht Club en 1820, pour devenir le Royal Yacht Squadron en 1833. Pour les plaisanciers, ce nom est associé à la grande tradition nautique, notamment en raison de l’organisation des régates de voiliers sous le patronage du roi George IV et de la reine Victoria.

     En juillet 1826, le club annonce dans le Southampton Town and Country Herald qu’une course de voiliers aura le jeudi 10 août  suivant. Une coupe en or d’une valeur de 100£ est à l’enjeu. D’autres régates sont également annoncées. Le jour de la course, plus de 3 000 personnes fort bien vêtues assistent à la victoire d’Arrow, un cotre de 85 tonneaux.  La foule est enthousiaste : «Along the fence in front of the King’s House, carriages were drawn up, filled with elegant females, and in the forecourt of the Yacht Club House the Blue Jackets were assembled in anxious solicitude to welcome the victor and present him with the Gold Cup which was a splendid specimen of fine chasing and appropriate design».

     Cette régate marque le début des compétitions de yachting en Angleterre. L’année suivante, en 1827, le roi donne son appui à l’événement en dotant annuellement la course d’une coupe. Les compétitions prennent de l’ampleur et deviennent connues comme la «Cowes Week». De nos jours, de 800 à 1 000 voiliers dans plus de 40 catégories participent à ces régates.

#######

«Statue de saint Laurent à Pallissades, ON»Photo : Tim (2015)Source : http://chesterbvoyage.blogspot.ca/2015/07/lake-ontario.html

 

     En 1535, Jacques Cartier aborde la Côte-Nord à la hauteur des îles de Mingan  lors de ce que les historiens nomment son second voyage au Canada.  L’archiviste Henry Percival Biggar a publié le texte de cette aventure :  «Et le lendemain, le vent était contraire, et comme nous ne trouvions pas de havre le long de cette côte du sud, nous mîmes le cap vers le nord et après avoir parcouru une dizaine de lieues, nous trouvâmes une fort belle et grande baie, parsemée d’îles offrant de nombreuses anses où il était possible de mouiller, même par mauvais temps. Pour reconnaître cette baie, il y a une grande île, semblable à un cap de terre, qui s’avance plus que les autres, et sur la côte, à environ deux lieues de là, se dresse une montagne qui ressemble à un tas de blé. Nous nommâmes cette baie, la baie Saint-Laurent».

     Cartier a-t-il baptisé le fleuve à ce moment ? Dans son esprit, ce toponyme désigne uniquement la baie où son navire va mouiller.  C’est par extension que le nom va s’étendre au golfe et au fleuve adjacents.  En 1552, l’historien espagnol Francisco Lopez de Gomara écrit qu’il s’agit du «Gran Rio dicho san Lorenço que alcunos lo tienen por braço de mar». Dans un recueil intitulé Delle Navigationi et Viaggi, le géographe italien Giovanni Battista Ramusio parle en 1556 du «Gran Fiume detto di san Lorenzo».  Il traduit aussi baie Saint-Laurent par «golfo di san Lorenzo». Son travail inspire le mathématicien et géographe flamand Gerardus Mercator. Ce dernier publie sa célèbre carte du monde en 1569 et il désigne la section du golfe comprise entre la Côte-Nord et Anticosti sous le nom de «Sinus S. Laurentii», forme latine de «golfe du Saint-Laurent». Le golfe a dès lors un nom connu dans le monde.  Pour le fleuve, Samuel de Champlain parlera de la rivière de Canada avant d’opter pour le toponyme Saint-Laurent dans sa publication de 1632.  Durant un siècle, les termes rivière de Canada ou de Saint-Laurent sont utilisés et c’est au XVIIIᵉ siècle que le toponyme Saint-Laurent s’impose pour le fleuve.

     Mais qui est ce saint Laurent ? Ce diacre est un des plus illustres martyrs des débuts de la chrétienté. Durant le supplice du pape Sixte II, il répond à l’appel du pontife et distribue tous les biens de l’Église aux pauvres. Interrogé sur l’endroit où se trouve ce trésor par le préfet de Rome, Laurent demande trois jours pour le réunir.  Il présente ensuite les pauvres nourris aux frais de l’Église au préfet. Enragé, ce dernier fait fouetté le diacre Laurent.  Emprisonné, Laurent guérit un aveugle et convertit son geôlier.  Le tribunal le condamne à être étendu sur un chevalet pour être brûlé à petit feu.  Durant le supplice, son bourreau affirme voir un ange essuyer le sang et la sueur du martyr. Laurent est ainsi rôti sur un gril de fer qui deviendra son symbole. Après avoir eu un côté tout brûlé, il déclare en souriant : «Je suis assez rôti de ce côté; faites-moi rôtir de l’autre» et,  les yeux au Ciel, il rend l’âme en 259. Sa fête est le 10 août,  journée où Cartier mouilla son navire dans une baie dont le nom allait devenir celui d’un golfe et d’un fleuve.

#######

«Couverture du Refus Global : étui de carton recouvrant la page frontispice»Photo d’une aquarelle de Jean-Paul Riopelle par Refus (2008)Source : refus-global.blogspot.ca

«Couverture du Refus Global : page frontispice comprenant un titre par Paul-Émile Borduas, un poème par Claude Gauvreau et une aquarelle de Jean-Paul Riopelle»Photo : Refus (2008)Source : refus-global.blogspot.ca

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Le Refus Global paraît à Montréal à la librairie Henri Tranquille le 9 août 1948. Les 400 exemplaires non reliés se vendent rapidement. Oeuvre pamphlétaire, le manifeste réunit dix textes et des photographies de créations automatistes.  Dans la première partie, Paul-Émile Bordas y livre un texte marquant qui donne son nom à cet ouvrage collectif contresigné par une quinzaine d’autres artistes et intellectuels. Inspiré par André Breton et son Manifeste du surréalisme, Borduas dénonce le contrôle idéologique de la société québécoise.  Il décrit ainsi le Québec : «Un petit peuple serré de près aux soutanes restées les seules dépositaires de la foi, du savoir, de la vérité et de la richesse nationale. Tenu à l’écart de l’évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers, éduqué sans mauvaise volonté, mais sans contrôle, dans le faux jugement des grands faits de l’histoire quand l’ignorance complète est impraticable».

     Outre Borduas, sept femmes et huit hommes signent le Refus Glogal. Ce sont les peintres Marcel Barbeau, Pierre Gauvreau, Jean-Paul Riopelle, Jean-Paul Mousseau, Marcelle Ferron et Fernand Leduc, les poètes Claude Gauvreau et Thérèse Leduc, la designer Madeleine Arbour, la chorégraphe Françoise Riopelle, l’actrice Muriel Guilbault, l’éclairagiste Louise Renaud, le psychiatre Bruno Cormier, le photographe Maurice Perron et l’artiste multidisciplinaire Françoise Sullivan.

     L’impact du Refus Global est dur à mesurer. Les Automatistes prétendent que la création instinctive est la solution aux problématiques de l’encadrement idéologique.  Les actions intentionnelles sont conditionnés par un environnement dominateur et dénuées de liberté. Au contraire, l’automatisme permet de créer des oeuvres inconnus, en rupture avec l’ordre établi. Finalement, le manifeste n’a pas l’effet d’une bombe dans la société québécoise. Le gouvernement de Maurice Duplessis et l’Église catholique québécoise ne sont pas ébranlés par le Refus Global.  Le réalisateur Jacques Godbout, en 1998, parle même du mythe du Refus Global et n’hésite pas à souligner la récupération des idées émises par Bordas et les autres signataires.

#######