Hon. Wm. L. Marcy of N.Y.
Photo : Matthew Brady (entre 1855-1865 
Source : Wikimedia Commons

     Depuis la crise financière de 2008, une tendance lourde pèse sur l’économie mondiale : les partisans du libre-échange diminuent et les mesures protectionnistes se multiplient aux quatre coins du globe. Les tarifs douaniers, les quotas d’importation ou encore les clauses de contenu local ont un appui croissant dans l’opinion publique. Aux États-Unis, les candidats à l’élection présidentielle de novembre 2016, tant républicains que démocrates, s’interrogent ouvertement sur les bienfaits du libre-échange et rejoignent ainsi près des deux tiers des électeurs américains.

     La situation n’est pas nouvelle. Au milieu du XIXᵉ siècle, les États-Unis et l’Angleterre négocient une entente pour libéraliser le commerce de part et d’autre du 45e parallèle. Le 6 juin 1854, le Traité de réciprocité est signé par James Bruce, comte d’Elgin et gouverneur-général de l’Amérique du Nord britannique, et par William Marcy, secrétaire d’État américain. Cet accord est ratifié par le Congrès américain en août suivant. La réciprocité vise à favoriser les échanges commerciaux par une suppression des droits de douanes et des tarifs protecteurs sur les marchandises et les produits naturels comme le charbon, le poisson, le bétail, la viande, les grains, la farine et le bois. Les pêcheurs des États-Unis sont autorisés à pêcher dans les eaux côtières de l’Amérique du Nord britannique et ce droit est également accordé aux pêcheurs de l’Amérique du Nord britannique dans les eaux côtières américaines au nord du 36e degré de latitude Nord. Les Américains peuvent utiliser les canaux du Saint-Laurent tandis que le lac Michigan devient libre d’accès. Le Traité de réciprocité crée ainsi une véritable zone de libre-échange en Amérique du Nord.

     Cette convention doit demeurer en vigueur pour dix ans après son entrée en vigueur, après quoi chaque pays peut y mettre fin avec un préavis d’un an. Dans un premier temps, le traité est associé à une période de prospérité. La conjoncture est favorable : la croissance urbaine et industrielle aux États-Unis stimule la demande en produits naturels notamment en bois et en denrée de base. Par contre, après 1857, les Américains ne voient plus de véritables avantages à la réciprocité, surtout à une réciprocité qui est accompagnée d’une augmentation des tarifs canadiens sur les produits manufacturés. Ainsi, en 1858 et 1859, William Cayley et Alexander Tilloch Galt se succèdent au poste d’inspecteur général et de responsable des Finances du gouvernement du Canada. Ils font adopter d’importantes hausses tarifaires sur des produits comme la mélasse, le sucre raffiné ou encore les souliers. Les manufacturiers américains s’insurgent alors publiquement contre ces mesures qui violent, selon eux, l’esprit du traité même si elles en respectent la lettre.

Pourtant la réalité est toute autre : Jean-Guy Latulippe a analysé en 1976 dans L’Actualité économique, l’impact économique du traité de réciprocité. Son examen des balances commerciales de la province du Canada et des États-Unis montre que l’impact réel des hausses tarifaires n’est pas significatif. Il conclut que «l’impact du traité sur l’efficacité de l’économie canadienne apparaît comme négligeable». En 2001, dans la nouvelle version révisée de la synthèse Canada-Québec 1534-2000, les historiens Jacques Lacoursière, Jean Provancher et Denis Vaugeois reprennent l’idée que les Américains refusent de renouveler le traité en raison de l’exclusion des produits manufacturés de l’accord mais avancent aussi l’hypothèse que les sympathies de l’Angleterre envers les États sudistes durant la guerre de Sécession ont créé un vif ressentiment au Congrès. Déjà, en 1937, l’historien Donald C. Masters, dans son étude The Reciprocity Treaty of 1854, avait évoqué l’importance des facteurs politiques dans l’abrogation du traité. Selon lui, l’opposition au renouvellement est nourrie d’une part par la crainte que le traité ne mène à l’absorption des colonies britanniques d’Amérique du Nord par les États-Unis et, d’autre part par l’appréhension qu’une éventuelle fusion de ces colonies avec les États-Unis ne viennent renforcer le pouvoir des États du Nord au détriment des États du Sud.

     Quoiqu’il en soit, le 18 janvier 1865, le Congrès américain adopte une résolution pour exercer son option de ne pas renouveler le Traité de réciprocité, moyennant un préavis d’un an. L’avis officiel de terminaison du libre-échange prévu par le traité est daté du 17 mars 1865 et les clauses de réciprocité cessent d’être en force le 17 mars 1866.

Source : François Droüin, «Je me souviens : 17 mars 1866.  Abrogation du Traité de réciprocité» dans Cap-aux-Diamants, no. 127, (automne 2016), p. 52.

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Tituan Lamazou sur Écureuil d'Aquitaine (ca 1990)

«Tituan Lamazou sur Écureuil d’Aquitaine II»
Photo anonyme (v. 1990)
Source : www.tituanlamazou.com

     Le 26 novembre 1989, treize concurrents prennent le départ du premier Vendée Globle, la régate autour du monde en solitaire sans escale et sans assistance. C’est la naissance d’une grande course au large qui fait rêver les marins et leurs supporters. «Le matin du départ, on était treize à pas trop savoir où on allait» rapporte Jean-François Coste, un des concurrents. Sept voiliers réussiront finalement l’exploit.

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Loïck Peyron sur Lada Poch III
Photo : Philippe Chérel (1989)
Source : Ouest-France

  C’est 109 jours plus tard qu’Écureuil d’Aquitaine II, du skipper Titouan Lamazou, franchit la ligne d’arrivée aux Sables d’Olonne en vainqueur. L’épreuve a été difficile : Philippe Poupon a chaviré et a du recevoir l’aide de Loïck Peyron pour s’en tirer. Sur le quai, à l’arrivée, Tituan Lamazou se fait humble après cette victoire du grand tour en solitaire. Le Vendée Globe entre dans l’histoire de la voile.

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Arrivée  Jean-Luc Van Den Heede 2
Photo anonyme (1990)
Source : Archives municipales des Sables d’Olonne

   Le Vendée Globe revient ensuite à tout les quatre ans, avec des voiliers toujours plus performants. Certains skippers prennent le départ pour plus d’une édition. Après sa carrière de navigateur professionnel, Lamazou, lui, passe à une carrière artistique et se démarque comme peintre engagé. En 2003, il est nommé «Artiste de l’UNESCO pour la paix».

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Mort des PP. Lalemant et de Brébeuf
Reproduction d’une estampe parue dans François-Joseph Bressani, Les Jésuites-martyrs du Canada (1877)
Source : BANQ

     Le 16 mars 1649, le jésuite Jean de Brébeuf est martyrisé. Missionnaire au pays des Hurons-Wendats, le père Brébeuf est capturé par des guerriers iroquois durant une guerre qui aboutira par la destruction de la Huronie et la dispersion des survivants. Le supplice de Brébeuf est un des plus atroces des annales du christianisme. Le donné Christophe Regnault,  spectateur des restes du martyr, en donne une description saisissante : «Le Père de Brebœuf avoit les jambes, les cuisses et les bras tous decharnez jusqu’aux os ; Jay veu et touché quantité de grosses ampoules qu’il avoit en plusieurs endroits de son corps ; de l’eau boüillante que ces barbares lui avoient versé en dérision du St Baptesme. Jay veu et touché la plaie d’une ceinture d’écorce toute plaine de poix et de raisine qui grilla tout son corps. Jay veu et touché les bruleures du Collier des haches quon luy mist sur les épaulles et sur l’estomach ; Jay veu et touché ses deux levres quon luy avoit couppées à cause qu’il parloit tousjours de Dieu pendant qu’on le faisoit souffrir. Jay veu et touché tous les endroits de son corps, qui avoit receu plus de deux cents coups de baston. Jay veu et touché le dessus de sa teste ecorché. Jay veu et touché louverture que ces barbares luy firent pour luy arracher le cœur».

Québec : chapelle des jésuites de la Haute-Ville. La châsse contenant des ossements des bienheureux martyrs jésuites Jean de Brébeuf, Gabriel Lalemant et Charles Garnier
Carte postale publiée à Québec par les Pères jésuites
(v. 1925-1930)
Source : BANQ

     Surnommé «le géant des missions huronnes» et «l’apôtre au coeur mangé», Jean de Brébeuf nous laisse dans ses écrits spirituels des traces de son désir d’être martyrisé dans son rôle de missionnaire. Il écrit : «Durant deux jours j’ai éprouvé sans discontinuer un grand désir du martyre et j’ai souhaité endurer tous les tourments qu’ont soufferts les martyrs. Que te rendrai-je, mon Seigneur Jésus , pour tous les biens que tu m’as faits ? Je prendrai ton calice et j’invoquerai ton nom . Je fais donc vœu, en présence de ton Père Eternel et du Saint-Esprit, en présence de ta très sainte Mère et de son très chaste époux Joseph ; devant les anges, les apôtres et les martyrs, et mes bienheureux Pères Ignace et François-Xavier ; je te fais vœu, dis-je, mon Seigneur Jésus, si tu m’offres miséricordieusement la grâce du martyre, à moi ton indigne serviteur, de ne jamais me détourner de cette grâce».

     Après Brébeuf, c’est au tour de son compagnon, le père Gabriel Lalemant d’être martyrisé. Il décède le lendemain, 17 mars, après avoir vécu des supplices tout aussi atroces. La Relation des Jésuites pour 1649 a retenu qu’il a été brûlé sur tout le corps et même dans les yeux qui reçurent des charbons ardents. Les corps des deux missionnaires sont d’abord inhumés sous la chapelle de la résidence à Saint-Maire-au-pays-des-Hurons.  Leurs dépouilles sont ensuite exhumées et transportées à Québec au printemps 1650.

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