Archive pour mars 2017 | Page d'archive mensuelle

«L’ancien Collège des Jésuites depuis la tour de la basilique, Québec, QC» Photo : Livernois ( v. 1870) Source : Wikimedia Commons

     C’est en 1637 que les Jésuites présentent à la Compagnie des Cent-Associés leur projet de bâtir  une maison d’éducation à Québec afin d’instruire les enfants des Autochtones et des habitants de la colonie. Déjà six jeunes Hurons provenant de leurs missions au coeur du continent sont avec eux dans la capitale. La Compagnie accorde aux Jésuites douze arpents de terre pour construire un collège et séminaire avec église et logements. Cette concession est faite le 18 mars 1637 à Paris.

     Cet emplacement se trouve à la Haute-Ville de Québec. Sa construction débute en 1647 avec un agrandissement important en 1725. Une belle église attenante est construite en 1666 et démolie en 1807. L’édifice est occupé par les troupes anglaises après 1759 et devient une caserne de 1776 à 1871. L’ensemble est démoli en 1877.

     La première aile construite en 1647-1648 porte le nom de Maison des Offices et contient des classes et des bureaux. C’est le seul endroit de colonie où on offre des études secondaires. La seconde aile, nommée Grande Maison, est érigée en 1650 et sert de résidence aux religieux. L’église, elle, se trouve sur la rue des Jardins.  Sa tour possède la seule horloge à aiguilles de la Haute-Ville.

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«Maurice «Rocket» Richard lance un appel au calme à ses supporters»Photo anonyme (1955)Source : RDS.ca

     En décembre 1954, le hockeyeur Maurice Richard reçoit une amende de 250 $. La sanction est imposée par Clarence Campbell, le président de la Ligue Nationale de Hockey. Richard est puni pour avoir lancer son gant au visage d’un juge de lignes après une altercation avec un adversaire. Le 13 mars 1955, Maurice Richard reçoit un violent coup de bâton à la tête lors d’un match au vieux Garden de Boston. Il réplique, assomme son agresseur Hal Laycoe, puis bouscule le juge de lignes Cliff Thompson. Campbell va sévir à nouveau. Le 16 mars, le verdict tombe : Richard est suspendu pour les trois derniers matchs de la saison et pour les séries éliminatoires.

L’«émeute Maurice Richard»Photo anonyme (1955)Source : La Presse Canadienne

     Le 17 mars 1955, les Canadiens de Montréal reçoivent les Red Wings de Détroit au Forum de Montréal. Lorsque le président Campbell se présente à la rencontre, la violence éclate. Campbell est agressé physiquement et une bombe lacrymogène force le report du match. Le Forum est évacué et la démonstration populaire contre la sanction tourne à l’émeute.

Bloc-Notes. On a tué mon frère RichardPhoto numérisée de l’article original d’André Laurendeau (2015)Source : Le Devoir

   L’événement n’est pas un simple fait divers. Richard est alors le héros des Canadiens français. En mars 1955, au moment de sa suspension, il est à quelques matchs de remporter le championnat des marqueurs de la ligue. Pour Campbell, le célèbre numéro 9 est plutôt un employé récalcitrant qu’il faut remettre à sa place. La présence du président de la LNH au Forum prend, dans ces circonstances, des allures de provocation. Même Jean Drapeau, le maire de Montréal, condamne sa présence. L’émeute du Forum est souvent présenté e comme le prélude de la Révolution tranquille, la première étincelle du réveil de la nation québécoise. André Laurendeau écrit, dans Le Devoir du 21 mars 1955 , un article intitulé «Suspension de Rocket : on a tué mon frère Richard».  Son titre fait allusion à la phrase jadis prononcée par Honoré Mercier : «On a tué mon frère Riel…».  La plume de Laurendeau laisse une analyse percutante de causes de cette violence : «Le nationalisme canadien-français paraît s’être réfugié dans le hockey. La foule qui clamait sa colère jeudi soir dernier n’était pas animée seulement par le goût du sport ou le sentiment d’une injustice commise contre son idole. C’était un peuple frustré, qui protestait contre le sort. Le sort s’appelait, jeudi, M. Campbell; mais celui-ci incarnait tous les adversaires réels ou imaginaires que ce petit peuple rencontre». Le lendemain de l’émeute qui a fait pour une centaine de milliers de dollars de dommage sur la rue Sainte-Catherine, Maurice Richard fait une déclaration à la radio pour demander à ses partisans de cesser la violence.

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Hon. Wm. L. Marcy of N.Y. Photo : Matthew Brady (entre 1855-1865  Source : Wikimedia Commons

     Depuis la crise financière de 2008, une tendance lourde pèse sur l’économie mondiale : les partisans du libre-échange diminuent et les mesures protectionnistes se multiplient aux quatre coins du globe. Les tarifs douaniers, les quotas d’importation ou encore les clauses de contenu local ont un appui croissant dans l’opinion publique. Aux États-Unis, les candidats à l’élection présidentielle de novembre 2016, tant républicains que démocrates, s’interrogent ouvertement sur les bienfaits du libre-échange et rejoignent ainsi près des deux tiers des électeurs américains.

     La situation n’est pas nouvelle. Au milieu du XIXᵉ siècle, les États-Unis et l’Angleterre négocient une entente pour libéraliser le commerce de part et d’autre du 45e parallèle. Le 6 juin 1854, le Traité de réciprocité est signé par James Bruce, comte d’Elgin et gouverneur-général de l’Amérique du Nord britannique, et par William Marcy, secrétaire d’État américain. Cet accord est ratifié par le Congrès américain en août suivant. La réciprocité vise à favoriser les échanges commerciaux par une suppression des droits de douanes et des tarifs protecteurs sur les marchandises et les produits naturels comme le charbon, le poisson, le bétail, la viande, les grains, la farine et le bois. Les pêcheurs des États-Unis sont autorisés à pêcher dans les eaux côtières de l’Amérique du Nord britannique et ce droit est également accordé aux pêcheurs de l’Amérique du Nord britannique dans les eaux côtières américaines au nord du 36e degré de latitude Nord. Les Américains peuvent utiliser les canaux du Saint-Laurent tandis que le lac Michigan devient libre d’accès. Le Traité de réciprocité crée ainsi une véritable zone de libre-échange en Amérique du Nord.

     Cette convention doit demeurer en vigueur pour dix ans après son entrée en vigueur, après quoi chaque pays peut y mettre fin avec un préavis d’un an. Dans un premier temps, le traité est associé à une période de prospérité. La conjoncture est favorable : la croissance urbaine et industrielle aux États-Unis stimule la demande en produits naturels notamment en bois et en denrée de base. Par contre, après 1857, les Américains ne voient plus de véritables avantages à la réciprocité, surtout à une réciprocité qui est accompagnée d’une augmentation des tarifs canadiens sur les produits manufacturés. Ainsi, en 1858 et 1859, William Cayley et Alexander Tilloch Galt se succèdent au poste d’inspecteur général et de responsable des Finances du gouvernement du Canada. Ils font adopter d’importantes hausses tarifaires sur des produits comme la mélasse, le sucre raffiné ou encore les souliers. Les manufacturiers américains s’insurgent alors publiquement contre ces mesures qui violent, selon eux, l’esprit du traité même si elles en respectent la lettre.

Pourtant la réalité est toute autre : Jean-Guy Latulippe a analysé en 1976 dans L’Actualité économique, l’impact économique du traité de réciprocité. Son examen des balances commerciales de la province du Canada et des États-Unis montre que l’impact réel des hausses tarifaires n’est pas significatif. Il conclut que «l’impact du traité sur l’efficacité de l’économie canadienne apparaît comme négligeable». En 2001, dans la nouvelle version révisée de la synthèse Canada-Québec 1534-2000, les historiens Jacques Lacoursière, Jean Provancher et Denis Vaugeois reprennent l’idée que les Américains refusent de renouveler le traité en raison de l’exclusion des produits manufacturés de l’accord mais avancent aussi l’hypothèse que les sympathies de l’Angleterre envers les États sudistes durant la guerre de Sécession ont créé un vif ressentiment au Congrès. Déjà, en 1937, l’historien Donald C. Masters, dans son étude The Reciprocity Treaty of 1854, avait évoqué l’importance des facteurs politiques dans l’abrogation du traité. Selon lui, l’opposition au renouvellement est nourrie d’une part par la crainte que le traité ne mène à l’absorption des colonies britanniques d’Amérique du Nord par les États-Unis et, d’autre part par l’appréhension qu’une éventuelle fusion de ces colonies avec les États-Unis ne viennent renforcer le pouvoir des États du Nord au détriment des États du Sud.

     Quoiqu’il en soit, le 18 janvier 1865, le Congrès américain adopte une résolution pour exercer son option de ne pas renouveler le Traité de réciprocité, moyennant un préavis d’un an. L’avis officiel de terminaison du libre-échange prévu par le traité est daté du 17 mars 1865 et les clauses de réciprocité cessent d’être en force le 17 mars 1866.

Source : François Droüin, «Je me souviens : 17 mars 1866.  Abrogation du Traité de réciprocité» dans Cap-aux-Diamants, no. 127, (automne 2016), p. 52.

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